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Equilibrium : comment décevoir de grandes attentes

  • 31 août 2025
  • 15 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 nov. 2025


Equilibrium est un film étatsunien écrit et produit par Kurt Wimmer sorti en 2002. Et c'est un film qui divise. Mélange bigarré et foireux de 1984 (Livre de Georges Orwell), de Blade Runner (Ridley Scott) de THX 1138 (Georges Lucas) de Matrix (les Wachowski) et j'en passe, il constitue une oeuvre à la fois assez unique et en même temps qui donne l'impression de coller à ses références sans pouvoir assumer une personnalité propre. Toutefois il a su devenir avec le temps un film culte disposant d'une solide base de fans. Et dont l'auteur de ses lignes aurait bien aimé faire partie. Car le film tente beaucoup de choses, et se foire parfois lamentablement. Nous allons donc autopsier le cadavre, pour en tirer de bonnes leçons, et expliquer en quoi, le premier défaut du film est de ne pas avoir respecté sa propre nature : celle d'être un film tragique. Et plutôt que de simplement tirer sur l'ambulance nous allons aussi nous livrer à un exercice d'écriture et proposer des "corrections" au scénario afin de montrer le gap béant qui sépare les promesses que fait le film dans sa première moitié et leurs réalisations. 



I. Un monde-concept intéressant dotés de forts enjeux 


Commençons par le positif, et croyez-moi, si le film conserve des fans, c'est pour de bonnes raisons. Partie garantie sans divulgation. 



Premièrement le concept : dans un monde dystopique post 3ème guerre mondiale le pays de Libira est dirigé d'une main de fer par une organisation totalitaire cléricale krypto-nazi nommée Tetragramaton et dirigé par un tyran nommé le Père. Afin d'éviter à l'humanité de subir une quatrième guerre, celle-ci contraint ses citoyens à consommer une drogue, le prozium qui annihile les émotions. Sans émotion, plus de jalousie et de colère, sans colère plus de guerre. Ah disons le tout de suite : le film ne va pas jouer la subtilité. Ainsi donc ressentir la moindre petite passion peut conduire à la peine capitale. Afin de compléter le tableau, toute œuvre d'art pouvant provoquer une réaction émotionnelle (c'est-à-dire toute forme d'art) doit être supprimée. Les contrevents sont évidemment mis à mort par l'armée du régime. Comme on peut le constater le scénario est clairement inspiré de 1984 d'Orwell et du meilleur des Mondes d'Huxley. Ce qui n'est pas un défaut bien au contraire, tant que le film tente de ne pas rester dans le pur plagiat. Et dans ce domaine, il s'en sort assez bien : Wimmer pour des raisons esthétiques (et surtout budgétaire) tourne son film quasi exclusivement à Berlin afin de pouvoir se servir des grands bâtiments légués par le IIIème Reich comme décors. Le résultat est une esthétique froide, lisse, écrasante parfaitement réussie qui donne au film une lourdeur et une atmosphère angoissante assez unique. En outre, le film introduit un ordre pseudo religieux de "moines soldats" nommé les Ecclesiastes (clerics en VO) surentraînés et fanatiquement dévoués à la cause du IIIème Reich... pardon du Tetragrammaton. Clairement inspiré de Matrix et de la Gestapo pour ce qui est de l'apparence général de ces clercs nazis, le résultat est à la hauteur d'un point de vue esthétique. Cet ordre de moines soldats surentrainés, ne ressentant rien d'autre que l'amour du devoir et le dévouement fanatique au gouvernement n'est certes pas très original mais se mari marveillieusement bien à cet univers écrasant autant d'un point de vue graphique que scénaristique. 



Hmm... la subilité inexistante.
Hmm... la subilité inexistante.

Ouvrons une parenthèse : on adresse à Equilibrium la critique qu'il serait un plagiat de Matrix, ou du moins d'en pomper toute l'esthétique. Si la seconde critique est justifié (et n'est pas un mal en soit : au contraire s'inspirer des meilleurs est nécessaire) la première est fausse : Equilibrium n'est pas une oeuvre de SF mais un film dystopique qui s'inspire bien plus des oeuvres littéraires cités plus haut que du travail des Wachowski. 


Une sympathique dystopie totalitaire 


Et le début de film donne sérieusement envie de donner sa chance au film malgré certains défauts imputables à son budget absolument minable de 20 millions de dollars. 


Comme déjà dit, l'univers est simple mais effrayant. Tout de suite le ton est donné : le film est manichéen au possible, on comprend rapidement que l'histoire tournera autour du retournement du héros l'ecclésiaste John Preston (joué par Christian Bale) contre le gouvernement de Libria. Les enjeux sont posés tout de suite, avec une finesse inexistante, mais de manière claire et esthétique. Nous l'avons déjà dit et répété mais il faut insister dessus : du point de vue de l'emballage, Equilibrium a un vrai cachet. Avec son jeu de lumière et d'ombre qui écrase ce monde sous la noirceur, avec l'esthétique grise vide et lisse de Libria, son gouvernement omniprésent à la 1984 et ses citoyens aux yeux vides, écoutant les discours de propagande du régime et se droguant quotidiennement. L'idée de tourner les scènes de bureau dans le métro de Berlin est très bien pensée : ces immenses espaces bétonnés peuplé de bureaucrates en uniforme noir transmet à merveille le sentiment de contempler un monde détruisant toute individualité pour fondre les individus dans la collectivité, le tout au service d'une organisation krypto-religieuse fasciste stalinienne totalitaire. 


Et ce concept  est vraiment intéressant :

D'un point de vue graphique car il se traduit très facilement à l'image. D'un point de vue cinématographique : créer un monde dépourvu d'émotion et de beauté est intéressant car précisément on demande surtout aux acteurs de cinéma de mimer des émotions. Ici on fait l'inverse. Du point de vue de la couleur : par exemple avec l'opposition entre Mary O'Brian, la femme rebelle émotive, habillée de couleurs chaudes et filmée avec des couleurs saturés et John Preston (le héros), cynique fanatique habillé en noir et filmé dans des couleurs froides. Du point de vue des scènes d'action : faire de gros plans sur les visages des adversaires agonisants afin de faire réagir émotionnellement le héros est le spectateur est bien pensé : on est autant surpris de voir des ennemis mourir dans les bras de Preston, alors que les codes du film d'action voudraient au contraire que le héros massacre des masses d'ennemis impersonnel. On est donc surpris de ressentir de la pitié… Exactement comme Preston. Et enfin, opposer les résidences des résistants aux couleurs vives, avec un mobilier de l'ère classique et toujours en désordre à l'esthétique nazis de Libria froide, au mobilier bureaucratique lisse et au rangement parfait est une idée simple mais géniale ! 


Un budget famélique & plein de bonnes idées 


Mais forcément quand on veut faire du Matrix avec le budget du dîner de con, (pour reprendre la formule de Judith Beauvallet d'Écran Large) bah faut ruser. Parfois ça ne marche pas : on remarque trop facilement les scènes où joue la trop présente doublure de Christian Bale (forcément ça fait faire des économies), les plans avec la ville de Libria en effets spéciaux numériques font penser à des cinématiques de PS1. Et parfois le manque de moyens contraint à développer une débrouillardise efficace : ainsi une bonne partie des scènes d'actions sont tournées dans des anciennes usines de la RDA, car cela coûte peu cher mais est cohérent avec le scénario qui se place dans un monde post-apo. La première scène de combat tournée dans le noir permet d'avoir à éviter de faire apprendre à Christian Bale une corégraphie compliquée (donc d'économiser de l'argent). Et tourner dans l'obscurité un héros quasi-immobile qui massacre froidement des douzaines de résistants est une méthode peu coûteuse mais efficace pour faire comprendre qu'on regarde un personnage entièrement dévoué à un gouvernement obscurantiste. Autre exemple : l'équipe de tournage n'a pu louer qu'une poignée de voitures bas de gamme pour le film, ce qui donne à l'écran l'image d'un pays pauvre sous-équipé avec une police sur motorisée. Afin de leurs donner une apparence un peu "futuriste" elles sont peintes en blanc ce qui tranche avec la soutane de cuir des Ecclesiastes. Et vu que le budget avait été quasiment intégralement engloutie dans le tournage ils n'ont pas pu rajouter les effets de sang lors des bastons en post prod. Ainsi reste donc l'effet de fumée blanche (qui aurait donc dû être colorée en rouge) quand les personnages se font tirer dessus... ce qui donne l'impression que le héros fait exploser le gilet pare-balle des soldats du régime, et lui confère un côté presque réaliste. Cela évite aussi au film de sombrer dans le cliché des litres d'hémoglobine qui giclent à chaque balle tirée par le héros. Chose reposante car pour ce qui est des clichés de film d'action, Equilibrium n'en manque aucun autre. 



La subtilité d'un panzer avec la finesse d'un pétrolier 


Car mine de rien tout le charme d'Equilibrium repose sur son côté "sans concession ni finesse" : le film en fait des caisses, a la subtilité d'un panzer, et est parfois presque surprenant tellement il n'en manque pas une occasion d'en faire trop. Tout est mis au service de l'esthétique, notamment les combats. Combats qui sont au centre de l'histoire. Et de ce côté là c'est bien simple : on aime où on n'aime pas. On reproche à Wimmer d'avoir complètement pompé sur Matrix son style de combat. C'est à mon avis à moitié faux : son gun-kata (nom du style de combat créé par le réalisateur lui-même) est différent du gun-fu des Wachowski. Et forcément si on le compare aux combats de Matrix c'est d'une part peu valorisant pour Equilibrium, et d'autre part malhonnête, les budgets des films n'étant pas les mêmes. Et franchement… Il y a quelque chose à la fois de pompeux et d'honnête dans ces combats : on tente un truc esthétique, on le fait à fond, et ça passe (notamment les combats du milieu du film) ou ça casse (l'ultime duel contre DuPont… nul et mou comme une chips dans un bol de lait) Ici encore la proposition de Wimmer est cohérente : ses combats n'ont pas une once de réalisme, ils sont avant tout esthétiques et illustrent l'absence d'empathie des héros qui massacrent des pelletés d'ennemis sans ressentir la moindre émotion. 


Ok c'est cliché mais y'a un truc...
Ok c'est cliché mais y'a un truc...

Ce manque de finesse et de réalisme est dans la première partie du film assez jouissive : le film y va à fond avec ses gros sabots et le fait immédiatement comprendre au spectateur : au diable le réalisme, et la finesse tout est au service de l'ambiance. Par exemple : ses références culturelles ? Il faut brûler une œuvre d'art, bah allons-y brûlons la Joconde ! Une référence musicale ? Mettons du Beethoven ! Le nom de l'organisation des méchants ? On veut critiquer la religion chrétienne ? Prenons le Tetragrammaton qui est le nom savant du théonyme (nom divin) du Dieu d’Israël dans l'ancien testament (en Français : tétragramme). Le drapeau du Tetragrammaton ? Imitons celui du IIIème Reich !


Enfin dernier bon point pour la musique. Ici encore on sent le besoin de faire des économies, car elle est intégralement produite avec un synthétiseur. Ce mélange de styles electro et religieux colle parfaitement à cet univers. Mention spéciale à la scène de combat du début qui inclut un long moment de silence avant le carnage. Car le silence fait partie de l'ambiance sonore et musicale d'un film... Mais quel dommage qui n'en ai pas plus abusé. 




Bref : tout n'est pas parfait, mais tout est cohérent et glaçant. Le film va-t-il continuer sur cette ligne et tenir ses promesses ? Oh que non. C'est là le drame. Et là, il va falloir divulgâcher car on va parler du scénario. 



II. Assumer le tragique, tel est l'enjeu...


Le plus dramatique dans Equilibrium est qu'il n'assume pas son aspect tragique pourtant revendiqué fièrement dans sa première partie. Et c'est à mon sens sa grande trahison. Attention divulgation sérieuse. 


Au début du film on nous introduit un arc narratif autour du fils aîné de John Preston : Robbie Preston (joué par le jeune Matthew Harbour). Qui nous est présenté comme un fanatique qui espionne son père et sa sœur et est prêt à les dénoncer au moindre soupçon d'infidélité envers le saint Tetragramaton. L'idée est géniale et est remarquablement introduite. Le spectateur attend donc un dénouement tragique ou du moins douloureux : Preston va devoir affronter son fils, ou du moins le convaincre de renier comme lui le Tetragrammaton. Sauf que non : tout est bien qui finit bien. Robbie Preston se révèle être en réalité un dissident qui à cessé de consommer du prozium. Et c'est le pire choix scénaristique possible :


  • D'une part c'est incohérent : pourquoi si Robbie Preston est un dissident force t-il son père à se ravitailler en prozium au début du film ? Pourquoi mimer ce zèle fanatique outrancier ? S'il voulait simplement jouer le dissident camouflé dans la masse il devrait au contraire ne pas réagir devant l'incident quand son père brise sa dose journalière de prozium.  

  • Si Robbie Preston est finalement un dissident, alors il n'apporte absolument rien dans l'histoire. Son arc narratif est purement superficiel. Pire que ça : s'il est un dissident alors absolument aucun personnage principal ou secondaire dans ce film ne prend du prozium. Tu parles d'une dictature totalitaire omnisciente...

  • Et surtout : le film abjure tout son potentiel tragique avec ce choix désastreux. Il en perd son statut de dystopie tout simplement. Il nous vend une dictature façon IIIe Reich 1984 qui endocrine les masses comme l'URSS stalinienne, qui embrigade ses gosses façon Hitlerjugend (les uniformes des écoliers sont clairement inspirés du mouvement de jeunesse du IIIème Reich), qui est défendu par des prêtres inquisiteurs ninjas qui bossent dans des locaux bureaucratiques nazis. Avec de pareil référence le spectateur attends que le fils dénonce son père ou que le père soit contraint de le menacer voir de l'abattre. Ça ne devrait pas bien se finir, on est dans une dystopie ! Avec de telles références on veut du tragique et du monstrueux bon sang. On veut voir des trucs horribles !


... Ah et la scène qui montre John Preston en train de surveiller l'injecteur à prosium de son fils, ça sent le sous-arc narratif qui a été coupé au montage. Voir qui n'a pas pû être tourné faute de fonds. 



De même, si on nous vend un héros travaillant dans la SS tiraillé entre sa fidélité envers Liberia et la monstruosité de ses actions, alors il nous faut montrer à l'écran la monstruosité de ses actions. Il faut oser le filmer comme "méchant", car c'est précisément cette monstruosité qui va crédibiliser le choix moral du héros de changer de camp. Et globalement... Bah que d'occasions manqués ! La seule scène où John Preston se comporte comme tel est la conclusion de la scène d'introduction (très réussi d'ailleurs). Pour le reste, il se comporte en gentil trop tôt. Ainsi son changement de bords est trop rapide, trop simple, trop facile. Ça manque terriblement de nuance (comme tout le film). Il aurait fallu filmer la zone grise, où Preston doute de ce qu'il fait, mais continue à agir en Ecclésiaste car il veut encore croire au système du Tetragrammaton auquel il a dévoué sa vie. Notamment la scène avec les chiots, où la scène de l'exécution des résistants. A chaque fois le doute est surjoué et bâclé, et Preston s'en tire avec les mains propres. Bref : on ne croit pas que Preston soit un méchant qui devient gentil. On le voit le devenir mais sans que cela paraisse cohérent avec ce qu'il devrait être : un fanatique dévoué en proie au doute de la justesse de sa cause. 



Notons une réussite dans ce domaine du tragique : la scène de l'exécution de Mary O'Brien au crématorium. Elle est touchante et vraiment surprenante, précisément car on ne croyait plus le film  capable d'une telle chose. Et l'idée de passer l'image de l'exécution de la défunte femme de Preston (avec une actrice différente que dans le flash back, manque de budget encore) avant l'exécution de Mary est vraiment bien trouvé. 



III. Des légions d'incohérences  


Venons-en au second défaut d'Equilibrium : son scénario écrit à la truelle gorgé d'incohérences scénaristiques. Et ce n'est pas lié ici au manque de budget mais à des choix scénaristiques foireux voire à une certaine fainéantise de la part du réalisateur Kurt Wimmer. 


  • Dans un monde où les émotions sont interdites, que Preston puisse se marier et fonder une famille, ce n'est pas logique. Il aurait fallu expliquer la raison de cette mansuétude de la part de Libria. 

  • L'échange des flingues avec Andrew Brandt (joué par Taye Diggs)... Pfff c'est bouré d'incohérences, et pas nécessaire. 

  • Attendez, d'où Preston n'évoque aucun soupçon des policiers en sauvant la vie du chiot ? Mais ils sont tous stupides dans ce film ? 

  • Genre Preston peut comme ça ne pas exécuter des résistants prisonniers sans se faire réprimander par les policiers ? Nan mais c'est quoi cette dystopie respectueuse du droit du travail ? 

  • Le plan du Tetragrammaton : détecter on ne sait comment que Preston est un Ecclésiaste à la fidélité douteuse, manipuler Preston pour lui faire infiltrer la résistance pour pouvoir annihiler la résistance une fois que Preston sera arrêté. Genre vous pouvez pas faire plus stupide & cliché ? Ca se prétend intelligent alors que c'est inutile et incohérent : Preston devient résistant par pur accident (il brise une de ses doses de prozium au début de film.) donc de manière imprévisible.

  • La recherche de la base secrète de la résistance. Genre en deux minutes Preston trouve la base "secrète" de la résistance ? Et les résistants qui se planquent dans un magasin appelé "Freedom"... Pffffffffffffffff... Et genre la résistance peut faire espionner un écclésiaste pour le désigner comme leurs messie parce qu'il ont détecté qu'il est tombé amoureux de Mary ? Ah bon, mais attendez c'est pas la résistance, c'est la CIA. 

  • Et j'en passe… 


Pire : parfois le film se prétend plus intelligent que ses spectateurs et tente de les surprendre. Notamment avec l'arc narratif du Père : c'est audacieux de révéler qu'en réalité ce n'est qu'une coquille vide qui sert de figure de propagande quasi-religieuse au Tetragrammaton... Mais alors fallait le faire bien ! Il aurait fallu préparer avant l'enjeux : Père existe-t-il ? Pourquoi ne sort-il jamais de son palais ? Il aurait fallu sublimer l'imposture pour préparer la surprise, montrer le bureau-sanctuaire de Père vide et poussiéreux. Là ça tombe comme un cheveux sur la soupe : ah Ok. Bon. Osef. 



IV. Un énorme gaspillage 



Si la première moitié du film est réussie, le troisième quart est décevant et le dernier quart est complètement raté. Il pue le budget mal géré et le scénario non maîtrisé. On enchaîne les déceptions et on boit le calice jusqu'à la lie. Trois éléments (en plus de l'arc narratif du fils aîné déjà évoqué) viennent trahir toutes les promesses du film : 



Premièrement on ne croit plus du tout à cette société totalitaire qui est censée surveiller sa population comme le lait sur le feu mais qui laisse Preston se balader partout en camouflant ses émotions comme un pied. Il faut de la subtilité et de la finesse (vous avez compris que c'est ce dont le film est incapable) pour filmer un dissident se camouflant au milieu d'une société dystopitque écrasante. Et autant Christan Bale joue à merveille le SS fanatique dépourvu d'empathie. Autant il joue de moins en moins bien le héros découvrant ses émotions au fur et à mesure qu'il se sèvre de prozium. C'est un défaut secondaire du film : Christian Bale donne une prestation assez inégal et joue (en général) assez mal l'émotif amoureux. Il est beaucoup plus convaincant en Batman ou en Ecclésiaste dévoué à sa cause. Même s'il offre quelques belles prestations : notamment la scène avec le disque de Beethoven. 



Deuxièmement pour l'esthétique : Les scènes les plus marquantes se déroulent dans des décors inspirés de l'allemagne nazis ; l'ambiance est sobre, écrasante, avec des décors massifs et géométriques, aux lignes épurées et parallèles. Mais la scène d'action finale se déroule...  dans un petit palais néo-classique ? Mais quelle immense déception !  Vous vendez du totalitaire écrasant alors donnez nous du Germania ou du Palais des Soviets pour le combat final ! Pas ce palais lambda totalement impersonnel. 



Et surtout le combat final contre Andrew Brandt (joué par Taye Diggs) est une déception monstrueuse. Vous commencez le film avec la mort sublime d'Errol Partridge (joué par Sean Bean)  alors vous devez terminer avec la mort sublime d'Andrew Brandt. Putain on ne tue pas comme ça un personnage aussi charismatique ! L'arc narratif d'Andrew Brandt est sans doute le plus réussi du film. Brandt, l'acolyte de John Preston est un parallèle intéressant avec lui : Andrew Brandt est un Ecclésiaste qui comme Preston ressent des émotions mais décide à l'inverse de Preston de continuer à servir le Tetragrammaton. D'autant plus que le personnage joué par l'excellent Taye Diggs (qui offre sans aucun doute la meilleure prestation du film) est particulièrement stylé : l'acteur campe un personnage sûr de lui, cynique mais sympathique. Et quand on investit autant d'émotions et de moyens dans un personnage aussi stylé alors on en fait quelque chose. Et là c'est baclé à un point hallucinant. Le combat final entre le héros et Brandt dure littéralement quatre secondes et est dépourvue de toute cascade. Il fallait un dernier dialogue entre les deux. Il fallait que Brandt développe son fanatisme, montre à quel point ses émotions le pousse à tuer avec haine plutôt que de servir la liberté. Il fallait y aller à fond (comme tout le film fait) et envoyer le combat le plus sanglant de l'œuvre. 



Brandt... Ta mort ne sera pas pardonné à ce film...
Brandt... Ta mort ne sera pas pardonné à ce film...

Et oui en effet c'est encore une question de budget et de temps limité : Taye Diggs (l'acteur qui joue donc Brandt) devait partir et il a donc fallu tourner la scène finale trop rapidement. Mais quand on tourne un film d'action, la scène de baston finale doit être la priorité absolue, quitte à la tourner en premier si le temps est compté. C'est la faute qui ne peut pas être pardonnée ! Et dans ce domaine Equilibrium est de facto impardonnable. 





Bref : Equilibrium comme le dit l'expression : Y'a tous les ingrédients d'une raclette et ils font de la purée mousseline. Comme conclusion si vous voulez voir un film qui montre un crypto SS au service d'une dictature douter de son engagement et devoir assumer les conséquences morales de ses choix jusqu'au tragique allez voir Jin Roh, la brigade des Loups qui de ce domaine est un vrai chef d'œuvre et assume ses choix dramatiques. Vraiment regardez Jin Roh, je vous promet ça vaut le détour.



Esthétique nazis, dictature, résistance, tout y est. Mais en tellement mieux...
Esthétique nazis, dictature, résistance, tout y est. Mais en tellement mieux...

D'ailleurs, ce blog contient deux excellentes critiques de Jin Roh : une sans divulgation et une avec divulgations.


Faut-il pour autant se détourner de ce film ? Je lui reconnais toutefois deux choses : d'une part, c'est une œuvre qui a une vraie marque, dont on se souvient pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Ce qui dans notre temps est une qualité en soi. D'autre part, on sent que Kurt Wimmer à voulu tenter un truc original et radical. C'est loin d'être une réussite mais… L'effort mérite louange. 


Bref. Un remake ne serait pas de trop. 




Sources : 



 


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