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Jin Roh : peut-on rester humain en dictature ? (2/2)

  • 14 oct. 2024
  • 14 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août 2025




Un film montrant l'absurdité du régime autoritaire


J'ai dû regarder ce film au moins quatre fois pour tout comprendre des embranchements et méandres du scénario politique qui n'est pas que « complexe », mais incompréhensible si on ne connaît pas un minimum l'univers de Kérébros. En fait, tout est expliqué dans la scène centrale de la décharge, où se rencontrent secrètement des représentants de la police et de la POSEM. Mais cette scène est mal faite : on n'y reconnaît qu'un seul personnage, on ne comprend pas qui sont les autres. Essayons donc d'y voir plus clair :


Dans ce nid de vipère qu'est le Japon dictatorial, quatre force s'opposent au sein de l'appareil sécuritaire japonais :


  1. La POSEM, (police métropolitaine de Tokyo). qui est grossièrement une gendarmerie urbaine : une police très militarisée dont la trop grande violence dans la gestion de l'ordre rend toujours plus impopulaire le gouvernement. Celui-ci comprend qu'user de méthodes aussi sanglantes pour maintenir l'ordre est une fausse solution. La POSEM manifeste un certain complexe de supériorité envers la Police, (on le voit au début du film lors de la scène de l'émeute). Cependant son bureau central (son état-major) sent que le vent tourne. Le bureau (dont est membre Henmi, « l'ami » de Fusé) va donc négocier un compromis avec la Police.

  2. L'armée, que l'on ne voit jamais dans ce film, mais qui s'oppose à l'existence même de la POSEM car elle fait doublon avec ses fonctions.

  3. La police, qui est aussi opposée à l'existence de la POSEM pour les mêmes raisons. Pour mettre tout ce beau monde d'accord la Police propose un compromis : fusion de la POSEM et de la Police mais dissolution de l'unité Panzer.

  4. L'unité Panzer (ou Kérébros) : bien que l'unité Panzer soit membre de la POSEM elle agit de facto de manière indépendante. De tout l'appareil sécuritaire Japonais, c'est l'unité la plus impopulaire car la plus violente. Afin de se protéger des coups tordus de la Police et du bureau de la POSEM, elle constitue en son sein une unité illégale de contre-espionnage dirigé par Hachiroh Tohbe, l'instructeur de l'académie Panzer, et la « figure paternelle » de Fusé. On va y revenir.


L'enjeux de l'histoire est bassement politique : une cynique dispute d'institutions répressives militarisées, dans une lutte pour le pouvoir. Il ne s'agit nullement d'idéaux, de lutte de la liberté contre la dictature comme dans Star Wars, de la vérité contre le mensonge comme dans Hunger Games. Il s'agit uniquement de compétitions de carrières politiques entre requins. Dans cette lutte, tout est histoire de coups tordus, de manipulations médiatiques, de scandales artificiels, d'espionnage, d'assassinats. De tel comportements sont typiques dans des dictatures. L'Histoire regorge d'affrontements entre différentes branches d'Etat dictatorial comme entre la SS et la SA en 1934 en Allemagne Nazis, ou entre le PCUS de Staline et l'Armée rouge de Trotski à la fin des années 20.


Et dans le film, nous allons suivre cette lutte du point-de-vue de l'unité Panzer (ou Kérébros), qui tout compte fait est sans doute l'institution la plus immorale du régime, que l'on pourrait comparer au Groupe Alpha soviétique, ou à la Milice du régime de Vichy. Une institution dont on nous dit au début dans l'introduction du film qu'elle est périmée : sa violence aggrave la crise plus qu'elle ne la contient. Même le gouvernement dictatorial Japonais s'en rend compte.


La brigade Panzer : l'incarnation de la déshumanisation voulue par la dictature


La richesse de ce film est son partie-pris : nous n'allons pas vivre la rébellion d'un de ses membres qui se révolte face à l'inhumanité de son camp. Au contraire : nous allons suivre les simples doutes moraux d'un soldat. Fusé n'a que faire de la politique, il s'en fiche, la seule chose qui le dérange c'est son humanité, sa conscience qui refuse de se laisser écraser par cette unité. Car non seulement la brigade Panzer exerce la violence physique envers les opposants à la dictature, mais plus encore elle exerce une violence morale envers la conscience de ses propres membres. C'est là le thème central du film.


Par plusieurs artifices cinématographiques, Okiura décourage subtilement le spectateur à s'identifier à cette unité, dont le héros est pourtant membre. Au contraire, il la décrit comme monstrueuse. Lors des combats, leurs masques, leurs lunettes à vision rouge et leurs masques à gaz incarnent à la perfection la bestialité que l'unité fait revêtir à chacun de ses membres. Comme des loups, ils déchictent les corps ennemis avec leurs mitrailleuses MG42 en place des crocs. Cette bestialité n'est pas vécu uniquement sur le terrain, mais dans la vie quotidienne de ses soldats. Ainsi lors de la scène de l'exercice tactique à l'université, Tohbe se permet de tirer gratuitement sur ses élèves sans défense pour les punir d'avoir échoué.


Une inversion des codes du film d'action :

Mais plus encore, Okiura use et renverse les codes du film d'action : il traite à l'écran les Kérébros (ou Panzer) comme des méchants, et à l'inverse pousse le spectateur à s'identifier aux opposants de son héros.


Premièrement car dans les deux scènes d'action du film dans les égouts, l'image ne suit pas les panzers, elle suit leurs victimes (La jeune fille résistante, puis les agents de la POSEM). Leurs visages sont filmés de prêt : on ressent avec eux la terreur causée par ces monstres d'acier. Les Panzers sont une menace invisible à l'écran, un peu comme l'Alien dans la saga du même nom (de Ridley Scott).


Deuxièmement, il humanisme les opposants, et déshumanise le héros. Les Panzers sont des machines : on ne voit pas leurs visages, leurs gestes sont mécaniques, et ils sont intuables. On ne peut ressentir d'inquiétude pour eux. A l'inverse, on compatit pour leurs victimes. A chaque fois qu'ils s'apprêtent à découper en morceaux leurs opposants, on prend le temps de montrer leur visage inquiet. On ressent leurs peurs paniques, on a envie de les voir s'échapper. Dans les films d'action, au contraire, pour permettre aux spectateurs de s'identifier au héros, on déshumanise ses ennemis. On leurs met des casques (Hunger Games) on les filme de loin, ou sur de courte séquences (Tout les film avec Schwarzenegger). Ici, (comme dans Blade Runner de Ridley Scott) on ressent toute la souffrance de la longue agonie de l'antagoniste principal Henmi dans la dernière scène d'action dans les égouts. Un plan serré sur ses yeux nous permet de ressentir le désespoir et la souffrance qui l'habite alors qu'il tente de s'enfuir blessé, mais conscient qu'il est déjà condamné.


Henmi : le parfait produit du système, l'inverse de Fusé

« Faut pas avoir de sentiment dans ce travail. »


Parlons justement de Henmi. C'est un ancien de l'unité Panzer, formé par Tohbe (nous y reviendrons), puis passé dans le bureau (État-Major) de la POSEM. Étant donné que les deux institutions se détestent, il est considéré comme un traître par ses anciens frères d'armes. Toutefois Fusé est le seul des Panzers à lui conserver son amitié. A tort, car Henmi est un parfait salaud. Sa mission secrète est de piéger un Kérébros, afin de créer un scandale médiatique qui justifie sa dissolution. Pour mener à bien cette besogne, Henmi choisit la victime parfaite : Fusé.


Car Henmi est l'inverse de Fusé : Fusé est caractérisé par son humanité, Henmi est cynique, sans vergogne. Fusé doute de sa vocation de Panzer. Henmi est parfaitement rentrée dans la logique déshumanisante du système : ce n'est pas un être humain que tu trahis dit-il à Kei au sujet de son (ex) ami. Fusé est un surhomme, Henmi est rusé. Fusé est taiseux, Henmi est bavard, arrogant et menteur. Fusé cherche avec Kei une relation humaine, Henmi conçoit l'humanité comme une vulnérabilité. Même à la fin du film, blessé, son plan en ruine, Henmi persiste à y croire. Il lance avec rage à Fusé qui s'apprête à l'abattre : Qu'est-ce qui nous différencie toi et moi ? Toi tu es encore humain ! avant de lui tirer sa dernière munition. Même au bord de la mort, il refuse toute rédemption : il reste un salaud.



Kei : nobody is innocent. Quoi que...

Quand un bâtiment disparaît c'est comme si il n'avait jamais existé. Les gens c'est pareil.


Kei incarne l'ambiguïté si humaine d'une jeune femme à la fois victime et bourreau, à la foi amoureuse et prête à livrer l'être aimée pour vivre.


Une victime anonymisée par la brutalité de la dictature.

Kei est définie par sa situation désespérée. Engagée dans la secte, elle est capturée par l'équipe d'Henmi. Il la contraint à collaborer, sous peine de subir les pires traitements qu'est capable d'infliger une dictature à ses opposantes. Elle est donc contrainte de manipuler Fusé par les sentiments (comme Henmi) pour survivre.


C'est une victime de ce système car elle est déshumanisée en étant anonymisée. Pour la POSEM, c'est juste une jolie poupée. Le film reflète cela : on ne sait pas grand-chose d'elle. A peine son prénom qui n'est cité qu'une seule fois par… Henmi. C'est le seule personnage dont on ne connaît pas le métier (est-elle étudiante ? Lycéenne ?). Son apparence même lui est imposée par la POSEM pour la faire ressembler à la jeune militante à l'origine du traumatisme de Fusé. On sait juste qu'elle était membre de la secte, mais elle ne parle jamais de politique.


Une femme désespérément seule qui rêve de s'évader de ce monde infernal ...

C'est également une victime de ce système car elle souffre de la solitude, et rêve de quitter sa misérable situation. Lors de ses rencontres avec Fusé, quand elle est encore sous couverture pour le piéger, elle tient des propos qui en soit n'ont rien à faire dans un flirt amoureux. (Ce qui semble plaider en faveur de leur sincérité). Par exemple : Quand un bâtiment disparaît c'est comme si il n'avait jamais existé. Les gens c'est pareil dit-elle à Fusé. Comme si pour elle tout le monde avait disparu de sa vie suite à son arrestation. Ou comme si elle avouait subtillement son nihilisme indifférent à tout : une fois piégé, Fusé disparaitera de sa vie sans laisser de trace.


Car elle ne parle jamais de ses amis, elle semble ne pas en avoir, ou ne plus avoir le droit de les voir. Elle est aussi seule dans son couple avec Fusé : elle est la seule à parler. Son « petit ami » n'est pas vraiment le gendre idéal : il ne lui pose presque aucune question, reste silencieux, le regard froid. Lors de la dernière scène, alors qu'elle comprend qu'elle est perdue, elle dit avoir désiré simplement que quelqu'un se souvienne de moi. Prisonnière de luttes politiques, son destin ne lui appartient plus, elle n'est plus qu'un jouet de la POSEM, contrainte à séduire un homme pour le piéger. Ainsi, elle exprime dès leurs première rencontre au cimetière le désir de quitter Tokyo et le Japon : pour oublier tout et devenir quelqu'un d'autre. Elle qui n'est qu'un appât, dont on sait à peine le prénom...


… Et une bourreau

Car Kei n'est pas que victime : elle est aussi l'actrice centrale du complot qui entoure Fusé. Poussée par la terreur, elle y joue sa partition jusqu'au bout, sans jamais désobéir. Après que Fusé l'ai sauvé des mains d'agents de la POSEM au musée, il remarque que Kei porte un sac à main. Il demande ce qu'il y a dedans. Elle répond qu'il n'y a aucun danger, mais c'est un mensonge : le sac est balisé. Elle suit donc Fusé dans les rues de Tokyo, consciente qu'elle permet à la POSEM de localiser le fugitif. Est-ce pour autant de la comédie ? Lors de leur seul baiser sur les toits de Tokyo on remarque qu'elle verse de grosses larmes. Cette scène est terriblement douteuse : on ne sait jamais si elle l'aime vraiment, ou si elle le manipule. Elle parle de s'enfuir ensemble, mais n'est-ce pas une énième tentative de le piéger ? On comprend plus tard que oui : elle voulait sauver sa peau et livrer Fusé. Elle est donc rentrée dans la logique égoïste du tuer / livrer pour vivre.


Mais elle agit contre son gré, par lâcheté : c'est là qu'on entrevoie son humanité tragique, broyée mais pas détruite par ce système cruel. C'est son dernier argument qu'elle hurle à Fusé avant de s'effondrer en larmes, lors de la dernière scène des égouts : je n'avais pas le choix. On sent alors que pour la seule fois du récit elle parle sincèrement : elle est rentrée dans cette logique contre son gré. Elle est vraiment amoureuse de Fusé. Mais par lâcheté, elle a toujours collaboré fidèlement pour œuvrer à sa mort…



...Tragique pour une rebelle socialiste.





Fusé : le loup et l'agneau

Pourquoi as-tu rejoint l'unité Panzer ?
C'est difficile à dire... J'ai trouvé un endroit où aller.


Si Kei est ambigüe, Fusé est indécis. Il hésite durant tout le film entre sa fidélité à l'unité Panzer, représenté par le loup de ses rêves, et son humanité, représentée par Kei, « le petit chaperon rouge ». L'enjeu central du film est ce choix : va-t-il suivre sa conscience ou sa fidélité à ses frères d'armes ?


Un héros qui ne se connaît pas lui-même

Fusé est conçu comme un personnage partiellement opaque. Même à la fin du film, le spectateur ne comprend pas totalement ce héros qui des quatres personnage principaux est le moins bavard d'entre eux. Il est d'abord un archétype : celui du gars, qui voulant échapper à la solitude et à la misère, est donc rentré dans l'armée. Il parle peu, obéit sans réplique, ne pose pas de question et ne se pose pas de question. Aime-t-il vraiment cette unité ? Cette vocation le rend-t-il heureux ? Le spectateur ne peut pas répondre avec certitude. Exactement comme Kei, on sent qu'il est seul : son seul ami connu est un traître. Lors de ses flirts avec Kei il ne parle jamais de lui, et semble incapable d'engager une conversation avec la fille qu'il aime. Même en sa présence, son visage est toujours terne, indéchiffrable. Toutefois, il a bien accepté de rejoindre la Jin-Roh, la « brigade des loups » qui agit secrètement pour défendre l'unité Panzer, au péril de sa vie. Pourquoi ? Quand Kei lui demande pourquoi il a rejoint l'unité Panzer, il est incapable de répondre. Il a juste trouvé un endroit où aller.


Car Fusé y a trouvé un endroit où sa vie est « utile », il y a trouvé des frères d'armes, et un chef : Tohbe. Il obéit aux ordres, et défend ses camarades, sans se poser de question. C'est fondamentalement un exécuteur qui accomplit (brillamment) le plan de son chef Tohbe, sans poser d'interrogations sur les conséquences morales de ses actes. Finalement, Fusé est tout autant une énigme pour lui-même que pour le spectateur.



Une lutte entre l'humanité et la bestialité …

Le grand paradoxe de Fusé réside dans le fait que son humanité ne se révèle pleinement que lorsqu'il revêt son armure, dans laquelle il est un « loup » qui doit s'arracher à son humanité pour tuer sans remord. L'enjeu du film est donc la lutte entre sa discipline militaire symbolisée par le loup, et son humanité symbolisée par Kei. (Symbole ambigu…) Ainsi l'élément déclencheur de l'histoire est son humanité qui vient confronter son éthique militaire : lors de l'opération d'introduction dans les égouts, il refuse de tirer sur une gamine résistante. Il ose même engager un dialogue avec cette gamine. Alors qu'elle s'apprête à se suicider, il lui demande « pourquoi ? ». Ce sera la seule fois où il semble réellement questionner son choix de vie.


Un double remords contradictoire :

Fusé regrette-t-il ?

Oui car il se sent coupable de la mort de cette fille. Il se rend donc sur la tombe de Nanami Agawa (le nom de la gamine) pour s'y recueillir. Par la suite, ce traumatisme va apparemment le pousser lors de ses affrontements à toujours refuser de tirer le premier. Ses remords lui interdisent visiblement d'éliminer une vie sans y être obligé. Paradoxe : son humanité ne se révèle paradoxalement qu'une fois Fusé revêtu de son armure.


Mais Fusé se sent aussi coupable d'avoir failli. D'avoir laissé ses sentiments dominer sa rationalité militaire. Durant sa première rencontre avec celui qu'il voit comme son ami, Henmi, il lui confie : je voulais tirer (sur la fille). Il a bien essayé d'appuyer sur la détente, mais sa conscience l'en a empêché.


L'animé va suivre cette lutte notamment dans les scènes de rêve. Le héros revit constamment cette scène dans les égouts dans une version cauchemardesque et prophétique. Où sa bestialité de Kérébros est incarnée par des loups qui pourchassent et dévorent Kei. S'il s'oppose dans ses rêves à ce massacre, les loups le considèrent pourtant comme un des leurs : ils ne l'attaquent jamais et l'entourent respectueusement. Comme s'il allait être acteur de ce meurtre…


… Qui s'achève par la victoire du loup.

En effet, cet affrontement s'achève par la victoire du loup sur l'homme. Après avoir mis fin à la conspiration d'Henmi, Kei est emmenée par Tohbe dans une décharge pour y être exécuté. Fusé s'oppose à cette exécution inutile : ils sont désormais victorieux, il n'est plus nécessaire qu'elle meurt. C'est la seule fois qu'il s'oppose à son chef. Celui-ci s'attendait visiblement à cette confrontation, et répond en imposant à Fusé un dilemme monstrueux : soit il obéit, et tue de ses propres mains Kei. Soit il quitte la meute, et meurt avec elle. (On voit bien que le moustachu qui devait tuer Kei met désormais en joue Fusé avec son Mauser C96.) Fusé revit :


  • Exactement la même scène que dans l'introduction : il a l'ordre d'abattre une nouvelle fois une jeune femme sans défense.

  • Exactement la même situation de Kei durant tout le film : il est contraint à choisir entre sa vie et celle de l'être aimé.


Kei se jette dans ses bras, et récite en larme le dialogue du petit chaperon rouge avec le loup, comparant ainsi Fusé à la bête cruelle. Il achève son histoire par une monstrueuse transformation : dans une terrible grimace, il se force à appuyer sur la détente. Il réussit là où il avait « échoué » lors de la première scène du film. Est-ce par lâcheté ? On peut répondre que oui : il s'oppose à ce meurtre, mais préfère tuer Kei plutôt que de mourir avec elle...


...Tragique pour un super soldat.


C'est à mon sens, le grand défaut du film : une vision profondément pessimiste de la liberté humaine. Fusé aurait très bien pû choisir l'amour de Kei, et opté pour le sacrifice, le film en aurait été tout aussi tragique et encore plus marquant... ... Et sans doute aussi un peu plus rentable.


Tohbe : le chef de meutre.


Voilà le vrai Fusé, ce n'est pas un homme déguisé en chien, c'est un loup déguisé en homme.


L'instructeur Tohbe est un personnage clé du film, que l'on voit certes peu à l'écran, mais c'est pourtant lui qui incarne toute la monstruosité de ce système. Car l'instruction de Tohbe à l'Académie des Kérébros est une éducation au reniement de l'humanité dont Henmi et Fusé sont les produits.


Henmi, créature de Tohbe

En apparence il a tout du cliché la figure « paternelle » d'un film de guerre. Où un vieux guerrier prend sous son aile le jeune héros, comme le capitaine Miller dans Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg). Mais il faudrait plus le comparer au sergent Hartman de Full Metal Jacket (Stanley Kubrick). Comme lui, il déshumanise ses élèves pour en faire des machines à tuer. Alors qu'il est assis à côté de Kei, il assume fièrement avoir formé Henmi, le cerveau du complot. Toute la monstruosité d'Henmi est donc issue de l'enseignement de son maître. Et dire cela avec arrogance, à côté même de la fille qui est victime de ladite manipulation est une sacrée marque de sadisme.


Une incarnation de la monstruosité

Tohbe apparaît pour le spectateur comme un chef charismatique : excellent soldat, instructeur d'une unité d'élite, craint par ses opposants qui citent son nom avec un mélange de respect et de terreur, il parle avec panache et mystère. Il semble apprécier Fusé et parle de lui avec presque de l'affection. Il a donc tout pour attirer notre sympathie. Mais tout cela camoufle une réelle monstruosité subtilement dévoilée à l'image. Quand il parle de Fusé avec Henmi (scène de l'exercice Tactique) puis avec Kei (seconde scène dans les égouts) il le décrit comme une bête :


Voilà le vrai Fusé ce n'est pas un homme déguisé en chien c'est un loup déguisé en homme.


Tohbe parle de Fusé non comme d'un « fils spirituel » mais comme d'un chien qu'il a dressé, dont il est fier d'avoir dissous l'humanité pour laisser toute place à la bestialité disciplinée.



Une figure démoniaque

Tohbe, plus qu'Hemni est la personnification du pur produit d'une dictature : un être dénué de sentiments et de morale. Pour lui, la vie humaine est une donnée fixe dans l'équation de ses intérêts. S'il décide de tuer Kei c'est par pure facilité : elle est aussi utile vivante que morte, donc autant la tuer. Mais la monstruosité de Tobhe n'est pleinement manifestée que dans le choix sadique qu'il impose à Fusé. Puisque que ce dernier ose questionner l'utilité de son ordre, alors Tohbe l'oblige à choisir : quitter la meute donc mourir avec elle, ou obéir et la tuer lui-même. Pour ce « chef de meute », discuter n'est pas une option. 


Obliger Fusé à tuer Kei, c'est parachever son « éducation » : le contraindre à renier sa seule faiblesse, son humanité, qui l'attache à cette fille sans défense qu'il aime. Tohbe pense exactement comme Henmi, mais s'y prend avec plus de cruauté : ce meurtre, c'est tester la fiabilité de son soldat. Et dans le cas où l'exercice n'est pas concluant il s'en séparera sans remords. Afin de l'y contraindre, l'officier fait preuve d'une manipulation purement diabolique : il lui explique que cette terroriste (dont il ne prononce pas le prénom) est irrécupérable. Il faut donc que Fusé mette fin à la vie de cet animal parmi les hommes. Alors que c'est précisément lui qui se vante de sa bestialité, et qui forme ses élèves à devenir des animaux. Mais ici, pour justifier son geste, l'animal c'est l'autre, et l'humain exceptionnellement c'est lui. 


Une fois le meurtre accompli, Tohbe conclut le film : le petit chaperon rouge est dévoré par le loup. Il déclare sa victoire et reconnaît sans l'ombre d'un scrupule son mensonge : Fusé est devenu un loup, et Kei était humaine. 



Jean Desbois.



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