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Megalopolis de Francis Ford Coppola : une catastrophe d'orgueil

  • 3 mars 2025
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 nov. 2025



Voilà un article qui sera court, car ce film ne mérite pas qu'on s'attarde trop sur son cas. Avoir consacré deux heures à son visionnage peut paraître déjà excessif. Megalopolis est un film sorti en 2024 réalisé par le génialissime Francis Ford Coppola. Ce dernier est surtout connu pour avoir réalisé deux œuvres majeures du cinéma universel : la trilogie Le Parrain, et Apocalypse Now. Voir ce film qui restera dans l'histoire du cinéma comme l'un des pires échecs tant commercial que narratif présente toutefois deux intérêts : premièrement, c'est une authentique œuvre d'art qui parle d'art. Coppola ayant lui-même financé son film il s'agit d'un authentique film d'auteur, réalisé par un artiste quasiment sans aucune contrainte extérieure. Deuxièmement, vu qu' il s'agit d'un échec commercial et cinématographique total, il peut être intéressant d'enquêter sur les ruines du désastre pour en tirer quelques leçons. 



Un film complètement incompréhensible 


Ce qui saute au yeux la première demie-heure de visionnage passé, ce que ce film est d'une part extrêmement ambitieux sur tous les plans. Visuellement nous le verrons plus tard, il semble être dans une quête effréné de réinventer les couleurs à chaque image. Et d'autre part, narrativement, il embrasse un nombre considérable de thèmes et d'intrigues. Coppola veut raconter sa quête de la démesure, de l'utopie, du refus des compromis : il veut faire un film total, sans limite. Se mélangent donc dans l'histoire :


  • une enquête sur le meurtre de feu l'épouse du héros Catlina, 

  • un péplum de science-fiction (!),

  • une fable sociale politique sur l'état des Etats-Unis d'Amérique sous Donald Trump,

  • une fable philosophique sur l'art,

  • un film catastrophe, 

  • deux histoires d'amour, 

  • une histoire de super pouvoir : le héros peut arrêter le temps, 

  • une lutte entre un visionnaire utopiste et des opposants conservateurs. 


Ces arcs narratifs sont plus empilés les uns sur les autres que entremêlés harmonieusement. On n'y comprend absolument rien car beaucoup n'apportent rien au récit. Coppola semble se foutre de toutes les règles classiques de l'avancement de l'intrigue pour raconter une histoire comme personne ne l'a jamais raconté. Pour ne rien arranger, la gestion du temps est également catastrophique : Après avoir trainé pendant des dizaines de minutes, l'histoire avance parfois de six mois, ou de deux ans sans que l'on comprenne pourquoi. 


Plus incroyable encore, Megalopolis tente d'être un film hyper éclectique. Ce qui semble être un film de science-fiction vire parfois au péplum, puis au dessin animé psychédélique, avec des parties de thriller politique, et un peu de comédie musicale... On ne sait pas ce que l'on regarde et on ne comprend pas vraiment ce que veut raconter le film. 



Ah c'est beau.
Ah c'est beau.

Il en ressort une impression de voir une suite de sketch à caractère pseudo-philosophique qui se suivent les uns les autres sans autre lien qu'un style éclectique expérimentale. En plus de ne rien y comprendre pendant deux heures, cela empêche trop souvent le spectateur de s'immerger dans l'histoire : on ne ressent rien. Ce film est froid, distant. Les personnages, malgré leurs caracthères outranciers ou dramatiques, ont un côté irréel, flottant. Leurs émotions sortent trop difficilement de la télévision. Ainsi les événements impactants du film sont transmis de manière totalement faiblarde tellement le film s'attarde sur des choses à priori insignifiantes pour le récit. Ainsi on s'éternise sur une rave party dans une boite de nuit pendant 20 minutes avant de passer en l'espace de vingt secondes sur la quasi-destruction de la ville de New Rome. Résultat : on ne comprend pas si la catastrophe que vient de vivre la ville doit nous engager émotionellement ou non. (Et je ne connais toujours pas la réponse à cette question) 




Un péplum dégonflé 


Pourquoi suis-je aller voir ce film ? Car il est censé être le magnum opus, l'œuvre finale d'un réalisateur de génie. Cela fait depuis près de 50 ans que Coppola rêve de se placer dans les pas de Virgile et de Suétone en réalisant un film comparant la vie politique de l'antiquité romaine avec la décadence de la société étatsunienne. L'idée follement ambitieuse est grisante tant elle est prometteuse : quelles sublimes comparaisons on pourrait faire ! Surtout pour un pays qui comme les Etats-Unis se plaisent à s'identifier comme le nouvel Empire Romain depuis leurs fondations ! 


Et bien oubliez immédiatement cette idée car c'est un mensonge marketing ! Il n'y a absolument rien ! Ou plutôt on n'y trouve que le vernis : des noms de personnages (Catilina, Cicéron), des robes romaines, quelques toges, des jeux du cirque. C'est tout. Tout le reste n'est que kitch pompeux, foireux, verbeux et passe complètement à côté. Aucune réflexion même idiote n'en sort. Et si l'on appelait autrement les trois personnages principaux, on ne pourrait pas deviner que ce film est inspiré de l'épisode de la conjuration de Catilina. C'est un échec complet. Ce qui devait être une comparaison prophétique entre la Rome antique et les EUA contemporain devient un simple vernis bas de gamme pour un film verbeux. Et même-là il parvient à être flou : si dans l'histoire antique Catilina est l'homme politique corrompu et Cicéron le romain vertueux, que Coppola veut dire en intervertissant les noms pour donner au visionnaire le nom de Catilina et au maire véreux le nom de Cicéron ? 


Je n'en sais rien. 


Il en ressort un air de peplum psychédélique. Le film parle beaucoup mais n'exprime aucune idée cohérente. Avec une exception : le sexe. On comprend que Copolla semble vouloir dénoncer la décadence morale de l'Amérique Trumpienne avec son insistance graveleuse sur les orgies et la sexualité bestiale. Il dresse donc un parallèle entre les orgies romaines (vieux clichés des péplums) et le puritanisme décadent des EUA modernes. Mais même ici on ne ressent rien malgré le côté voyeur lourd de la caméra. 



Le personnage très sexualisé (trop) de Wow Platinum (jouée par Audrey Plaza) est parfois assez marrant.
Le personnage très sexualisé (trop) de Wow Platinum (jouée par Audrey Plaza) est parfois assez marrant.

Un film pour Coppola et pas pour le cinéma 


S'il y a bien une chose que l'on peut mettre au crédit du film c'est que d'un point de vue graphique il tente des choses. Mais il en tente beaucoup trop, au point de devenir un film expérimental. Ce qui est parfois agréable : régulièrement on est surpris par des scènes extraordinairement créatives. Mais elles ne vont jamais dans le même sens… si tant est qu'elles aient un sens. A force de mettre du symbolisme partout y'en a plus nul part. Le spectateur ressort du film avec le sentiment d'avoir fait deux heures de navigation sans gps dans une salle d'exposition d'art contemporain. Bref : c'est souvent audacieux, mais toujours incompréhensible. 


Finalement Coppola se fout totalement de qu'on comprenne son film. Ce qu'il semble compter pour lui c'est jouer avec la caméra et montrer ce que personne n'a jamais montré à l'image. Pour ce qui est de l'histoire tout est passé par dessus bord et on ne prend pas la peine d'expliquer les enjeux. Un exemple parmi d'autre : 


Vers la moitié du film un scandale éclate car Catlina (enfin on ne comprend pas tout de suite que c'est Catlina mais à ce niveau là c'est un détail…) est accusé d'avoir couché avec une femme. Il est jeté en prison pour cela, sans que l'on comprenne ce qu'on lui reproche. Puis on apprend que cette femme a 23 ans, sans que l'on sache pourquoi cette information devrait nous aider. La scène suivante Catalina est libre. D'une part, tout l'impact émotionnel de le voir en prison est donc annihilé : en l'espace d'une scène on n'a pas eu le temps de s'inquiéter pour lui. Et d'autre part on ne comprend qu'après que la femme en question prétendait alors avoir 16 ans et non 23 ans. Catalina était donc accusé de pédophilie. 


Mais cela on ne peut le comprendre que bien après son emprisonnement. Cela donne la désagréable impression que le film ne se donne pas la peine de nous donner les éléments nécessaires à sa compréhension. 


Une vision bien floue


Ok Coppola fait le film de ses rêves pour lui mais pour raconter quoi ? Quel est le message du film, quel est le testament politico-artistique du réalisateur du Parrain et d'Apocalypse Now ? Bah… Ici plus que jamais c'est vraiment pas clair du tout. Le film est rempli de slogans creux répétés en boucle qui veulent paraître philosophiques. Entre deux heures de récits expérimentaux incompréhensibles le spectateur est écrasé sous une avalanche de mots jetés à la pelle : justice, paix, art, démocratie, femme, Dieux... En théorie du cinéma, le récit est porté plus par les images que par les paroles (c'est la règle du « montrer plutôt que dire »). Et bien ce film qui prétend expérimenter des choses jamais vues fait l'exact inverse : il parle énormément. En bon péplum, Mégalopolis est rempli de discours grandiloquants, de réflexions philosophiques, de dialogues dantesques … Et l'image montre beaucoup mais ne montre rien de narratif : la bobine se noie sous des plans symboliques mi-sciences fiction, mi-peplum mi-comédie musicales qui veulent raconter quelque chose. Mais impossible de dire quoi.



Vous faites quoi là ? C'est quoi cette horloge suspendue ?  Que symbolise cette scène ? Je veux comprendre ! ... Mais oui, Ok c'est joli.
Vous faites quoi là ? C'est quoi cette horloge suspendue ? Que symbolise cette scène ? Je veux comprendre ! ... Mais oui, Ok c'est joli.

Bref : on ne pige rien : Qu'est ce que ce discours de cinq minutes de long essaye de dire ? Pourquoi Catalina fait un baiser qui « heurte » sa mère ? Pourquoi le bureau de Catalina est une sorte d'open space / garderie / club d'étudiants drogués ? Catlina n'arrive pas à oublier sa femme décédée mais qu'est ce que cela apporte au récit ? Qu'est ce que ce satellite Carthage qui menace de s'écraser sur New Rome change au récit ? Que tout cela veut-il dire ? Pourquoi toutes ces scènes de sexe ? 


Le tout se conclut sur un gros plan montrant un texte de serment au drapeau étasunien réécrit de manière athée et universaliste. Un peu direct pour trois heures de branlette intellectuelle... 



Bilan : la vieillesse est un naufrage 


Que dire de tout cela ? Un immense gachi. Car le film ne manque pas de qualité : premièrement, et c'est à ma connaissance rarement vu dans le monde du cinéma : Coppola avait carte blanche car il est le principal (voir le seul ?) financeur de son film. Il a vendu certains de ses terrains viticoles pour le réaliser. Il était donc seul maître à bord, sans le contrôle d'aucun mécène. Notons aussi que les acteurs sont excellents, et tous semblent vraiment jouer en y mettant du leurs. Certaines (rares) scènes sont vraiment mémorables, notamment celle de la tentative d'assassinat. L'histoire d'amour entre Julia Cicero (jouée par Nathalie Emmanuel) et Catilina (Adam Driver, qui s'en sort étonamment bien pour un rôle aussi casse-gueule) est parfois vraiment émouvante. Le personnage de Hamilton Crassus III (joué par le (paradoxe) très trumpiste Jon Voight) est vraiment touchant, drôle et surprenant (son arc naratif est d'ailleurs assez bien réussit, une exception dans cette bouillie scénaristique). Bref : étonnamment on se suprends à ressentir de belles émotions vers la fin du film. Mais tout cela ne cache pas que l'avion n'a pas de pilote.



Le pire c'est que c'est là où l'on ne l'attends pas que le film réussit (plus ou moins). L'histoire d'amour entre la magnifique Nathalie Emmanuel et Adam Driver est parfois vraiment émouvante.
Le pire c'est que c'est là où l'on ne l'attends pas que le film réussit (plus ou moins). L'histoire d'amour entre la magnifique Nathalie Emmanuel et Adam Driver est parfois vraiment émouvante.

Coppola dit avoir préparé ce scénario depuis plus de 40 ans. Et bien cela se voit mais pas pour les bonnes raisons : on est à l'opposé d'un film dirigé d'une main de maître. On voit bien que le scénario à été réécrit des dizaines de fois et en a perdu toute cohérence. Coppola, âgé de plus de 80 ans au moment du tournage, n'a pas été capable de diriger l'équipe. Au contraire, il encouragait ses acteurs à improviser, voire à modifier le scénario devant la caméra. Trop d'acteurs (notamment Shia LaBeouf qui joue Clodio Pulcher) ont été laissés sans instructions. Bref : on voit que cela fait plus de 14 ans qu'il n'a plus tourné et que ses références sont datées : les effets spéciaux sont obsolètes, les personnages sont mal écrits, certains aspects du scénario censé faire écho à l'actualité ne sont plus en phase avec les années 2020… Bref. 



Nous pouvons toutefois en tirer quatre leçons : 


  1. Avoir un contrôle artistique peut aussi être fécond : Coppola avec un contrôle éditorial a donné Apocalypse Now. Film immortel, libre, ambitieux et audacieux. Que des adjectifs que l'on pourrait aussi adresser à Megalopolis… Sauf que Apocalypse Now est un chef-d'œuvre, et Megalopolis est une catastrophe indigeste. 

  2. Comme disait le Général de Gaulle, la vieillesse est un naufrage. Le film évoque la décadence de l'empire romain pour dresser un parallèle avec les Etats-Unis de Trump. C'est finalement un pari réussi : le film illustre à la perfection la décadence de Coppola lui-même. Victime de son arrogance à vouloir faire un film comme personne. Voir Mégalopolis, c'est contempler le naufrage de l'orgueil d'un homme qui se repose sur des lauriers fanés depuis bien longtemps, mais encore persuadé d'être un génie. 

  3. Bien que voir ce film ait été un calvaire, son aspect jamais-vu, ambitieux et expérimental en fait une expérience cinématographique unique et véritablement mémorable. Je l'ai mille fois préféré à nombre de Marvel (tel que l'atroce Avengers: Endgame) ou l'insipide postlogie de Star Wars

  4. C'est bien de se la jouer progressiste et dénoncer le trumpisme. Mais si c'est pour plus s'intéresser aux fessiers féminins qu'aux intrigues politiques... Et quand en plus on est accusé d'avoir profité de sa position pour palper ses actrices durant le tournage… 



Voir ce film a-t-il un intérêt ? Franchement ... Oui. Oui si vous êtes un cinéphile désireux de voir quelque chose que vous ne verrez nulle part ailleurs. Et voyez-le avec vos potes pour vous marrez, ça vous évitera de regarder votre montre toutes les dix minutes. Pour les autres, vous perdrez votre temps. 



Sources : 








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