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La Sainte Guerre Froide, Partie II

  • 9 oct. 2024
  • 38 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 oct. 2024





IV. Avec l'Ukraine, l'affrontement de Constantinople et de Moscou se superpose pleinement à l'affrontement entre l'Occident et la Russie 








Le grand schisme d'Orient de 2019 : l'aboutissement logique et tragique des tensions


L'Ukraine : point faible de Moscou 


L'Ukraine se place au cœur des tensions actuelles de l'orthodoxie : centre industriel de l'ex URSS, origine spirituelle des slaves orientaux, le pays, soumis canoniquement à Moscou, abrite un tiers des croyants de l'Eglise Russe, et occupe une place prépondérante dans les plans géopolitiques du Kremlin. Et c'est en plus une vieille pomme de discorde entre Constantinople et Moscou depuis le XVIème siècle. Depuis les années 1990, elle est déchirée entre un puissant courant nationaliste pro occidental, qui souhaite rompre avec l'ancienne métropole. et un courant pro russe nostalgique de l'ex URSS qui aspire à maintenir l'Ukraine dans le giron du monde Russe. 


Une séparation religieuse qui s'ajoute à la division politique du pays entre pro russes et nationalistes 


Entre 1991 et 2014, le pays balance entre gouvernement pro russe et pro occidentaux. En 2014 et 2015 a lieu la révolution dite de la dignité qui chasse du pouvoir le président pro russe Ianoukovitch, alors en pleine dérive autoritaire. La Russie réagit par l'invasion de la Crimée et du Donbass, ce qui entraîne une guerre longue de quelques mois remportée par la Russie. Mais la révolution ukrainienne ne s'arrête pas là. Le nationalisme gagne en popularité dans toute la population, choquée (déjà) par l'invasion russe de 2015. Le nouveau président ukrainien Petro Porochenko, résolument décidé à couper avec Moscou, entend étendre cette rupture dans le domaine religieux. Le 5 janvier 2019, le patriarche œcuménique Bartholomé répond à sa demande et lui obtient un tomos d'autocéphalie pour l'Eglise Ukrainienne. Constantinople crée l'Eglise orthodoxe d'Ukraine du patriarcat de Kyiv (EOU (PK)) et légitimise donc la séparation des orthodoxes ukrainiens avec Moscou. Mais, bien entendu, l'Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou : (l'EOU (PM)) refuse catégoriquement cette création, et crie au schisme. Le pays se divise en deux blocs religieux opposés, qui se superposent à la division politique du pays entre pro russe et nationalistes. 


Seules quatre Eglises orthodoxes, toutes de culture héllénistique, reconnaissent la nouvelle église autocéphale : Constantinople. Chypre, Athènes, et Alexandrie. Ce qui est bien peu. 




Un coup de poignard autant politique que religieux 


Il s'agit donc d'une alliance des nationalistes ukrainiens, désireux de limiter l'influence russe en Ukraine avec le patriarcat œcuménique dans le but clair de punir Moscou pour le sabotage du concile de Crête en 2016, et pour diminuer son importance démographique. En effet, l'Ukraine, bien plus pratiquante que la Russie accueille environ un tiers des croyants du patriarcat de Moscou. Kyiv pour les Russes est « la mère de toutes les villes russes » et son patrimoine religieux est vu comme particulièrement sacré pour les orthodoxes russes. Cette séparation est donc insupportable pour Moscou. D'autant plus que le pouvoir politique soutient largement le nouveau patriarcat de Kyiv, et encourage avec largesse les paroisses de l'EOU (PM) à passer dans les rangs de la nouvelle Eglise, l'EOU (PK).


La rupture de communion entre Moscou et Constantinople, le grand Schisme d'Orient de 2019


Immédiatement Cyrille annonce qu'il rompt la communion religieuse avec Constantinople. Il considère ses rivaux comme schismatiques. D'autres représailles suivront. Le monde orthodoxe se retrouve divisé en deux blocs : d'un côté Moscou, de l'autre les cinq patriarcats alliés de Constantinople, et le reste observe cette lutte inquiétante avec plus ou moins de neutralité. L'affrontement larvé que se livre les deux patriarcats depuis 70 ans se transforme en guerre ouverte. 



Les effets de l'invasion de février 2022 sur l'orthodoxie Ukrainienne


Volodymyr Zelensky : un président au départ neutre sur la question ecclésiale


L'actuel président ukrainien Volodymyr Zelensky, élu en 2019, est de religion juive mais semble ne pas être pratiquant. Son élection s'explique en partie par son désintérêt de la question religieuse car les ukrainiens pro russes vont voter pour lui, entre autres, afin de mettre fin au soutien de l'Etat Ukrainien à l'EOU (PK). 


La guerre contraint l'Etat Ukrainien à s'engouffrer dans la lutte ecclésiale 


Le 24 février 2022, la Russie lance une invasion générale de l'Ukraine. La situation change alors radicalement : Vladimir Poutine, dans son discours de la nuit du 21 février (qui justifie l'invasion), accuse (entre autre) Kiev de vouloir détruire l'EOU (PM), démontrant par là, à quel point l'instrumentalisation par le Kremlin de l'Eglise est poussée loin dans la Russie poutinienne. Cyrille, le patriarche Moscovite, soutient ouvertement et avec des mots très forts l'invasion qu'il qualifie de « guerre métaphysique contre les forces du mal », accusant l'ukraine d'être un État décadent anti chrétien. Ce genre de prise de parole détonne dans la communion orthodoxe, qui avait cru que ce genre de bénédiction belliqueuse appartenait au passé. Pour le pouvoir Ukrainien, tout cela l'oblige a de nouveau prendre parti pour l'EOU (PK). 


La crise orthodoxe en Ukraine est certes religieuse, mais épouse les lignes de fractures politiques observées en Géorgie ou à Antioche : EOU (PK) pro Constantinople choisit d'affirmer une identité religieuse plus occidentale : elle décide d'user de la langue vernaculaire ukrainienne (et non pas le vieux slavon) dans sa liturgie, et de fêter Noël le 25 décembre (donc selon la date du calendrier Grégorien et non du calendrier Julien). Elle se déclare ouvertement pour la démocratie et l'Union Européenne. A l'inverse, l'EOU (PM) pro Moscou est plus traditionaliste et use du vieux Slavon. Un certain nombre de clercs de l'EOU (PM) affichent eux des positions très ambiguës durant la guerre. Ils continuent à prêcher que malgré les divisions, les Ukrainiens et les Russes restent un seul peuple, et donc que la culture ukrainienne n'est qu'un folklore russe, ce qui rejoint en tout point le discours Poutine qui justifie l'invasion. Cette Église reste encore aujourd'hui un bastion pro-russe en Ukraine. 


La très étrange déclaration d'indépendance de l'EOU (PM) qui ajoute à la complexité de la crise religieuse (mai 2022)


Finalement le gouvernement Zelensky dit vouloir interdire l'EOU (PM) en janvier 2023, ce qui est juridiquement très complexe. En parallèle, les services secrets mènent de multiples enquêtes et arrestations pour espionnage dans de nombreux monastères et paroisses de l'EOU (PM). La situation intenable d'une soumission à un patriarche qui dit prier pour eux, mais désire voir leur nation rayée de la carte, oblige le saint synode (organe de gouvernement de l'Eglise) de l'EOU (PM) à décréter d'un changement de statut très ambigu : le 27 mai 2022 il se dit autocéphale sans se dire autocéphale… C'est-à-dire qu'il annonce une indépendance (terme qui canoniquement n'existe pas, on utilise le terme grec autocéphale) en accord avec le patriarche de Moscou… Qui pourtant n'a jamais donné son accord pour rendre autocéphale l'EOU (PM) loin s'en faut. Il s'agit clairement d'une tentative au résultat très incomplet d'adaptation au contexte de la guerre afin d'éviter l'accusation d'être une Eglise pro russe. 


La situation ne change pas pour autant vis à vis de l'Etat ukrainien qui aspire toujours à réduire à néant ce vestige de l'influence russe en Ukraine, d'autant plus que ce changement de statut de l'EOU (PM) ressemble un peu à une tentative déguisée de devenir indépendant le temps de la guerre avant de revenir dans le giron de Moscou une fois la paix revenue. C'est du moins l'interprétation que Moscou semble donner à l'événement. 


Une guerre qui n'est pas une guerre de religion 


Attention à ne pas faire de cette guerre une guerre de religion, ce qui serait très loin de la réalité : Poutine est sans doute athée, et ne parle jamais de sa foi, tout comme Zelensky d'ailleurs. La guerre en Ukraine est une guerre avec un aspect religieux, mais cela est très secondaire dans les causes de son déclenchement, et dans les motivations des combattants. Le conflit religieux ne vient que se superposer à un conflit géopolitique et identitaire.



Une invasion pour l'instant sans conséquence dramatique pour l'Eglise Russe


A l'échelle globale, les prises de paroles belliqueuses de Cyrille l'ont quelque peu isolé au sein de la communion orthodoxe. Mais en dehors de Bartholomé et de ses alliés, le reste de la communion orthodoxe préfère rester neutre dans ce conflit religieux. Depuis le début de l'invasion, aucun autre patriarche n'a osé ajouter sa signature à celles reconnaissant l'autocéphalie de l'EOU (PK), preuve à la fois que Moscou conserve une immense influence sur la communion orthodoxe et que les patriarches agissent avec une certaine sagesse. Dans ce genre de crise, il vaut mieux ne pas agir précipitamment afin de ne pas aggraver le schisme. 




La montée aux extrêmes : l'extension du domaine de la lutte (2019-2023)


La réunion d'Amman de 2019 : Moscou ne parvient pas à réitérer l'exploit de 1948. 


Une réunion à très gros enjeux


Revenons en arrière de deux ans. Moscou, doit réagir au tomos d'autocéphalie de janvier 2019, qui à tout d'une déclaration de guerre de la part de Constantinople. Pour cela sa réponse doit être à la fois territoriale et ecclésiale. C'est-à-dire qu'elle doit à la fois punir ceux qui ont reconnu l'autocéphalie de l'EOU (PK) en « envahissant » leur territoire juridictionnel, tout en contestant l'autorité du patriarche œcuménique de la manière la plus efficace qui soit, c'est-à-dire en réunissant le plus possible de patriarches autour d'elle pour condamner le Phanar. 


Si elle y parvient, alors Moscou aura réussi non seulement à réduire à néant l'existence canonique de l'EOU (PK), ce qui aidera à tuer dans l'œuf le schisme. Mais aussi à sévèrement diminuer le prestige et les droits du patriarchat oecuéménique, ce que Moscou cherche depuis 1943. C'est donc une manche aux enjeux extrêmement élevés qui s'engage début 2020. 


Un rassemblement de tous les primats qui se transforme en « réunion fraternelle » de quatres patriarches…


En décembre 2019, moins d'un an après l'attribution du tomos à l'EOU (PK), Cyrille de Moscou annonce répondre à l'initiative de médiation du patriarche de Jérusalem entre Moscou et Constantinople. Il appelle d'une voix commune tous les patriarcats à se réunir à Amman, la capitale de la Jordanie (qui se trouve être dans le territoire juridictionnel de Jérusalem) pour une réunion des primats en février 2020. Constantinople a aussitôt condamné sans retenue ce qu'il estime être un empiétement sur ses prérogatives œcuménique, vu que Jérusalem prétend à un rôle d'arbitre au sein de la communion orthodoxe. On voit bien que Moscou cherche à réitérer l'exploit de 1948. Et très habilement, en tant que partie intéressée, ou plutôt « offensée », elle ne peut à elle seule convoquer une réunion pour condamner Constantinople. Il est donc logique qu'un arbitre neutre soit trouvé pour résoudre le conflit. Jérusalem est bien pressenti pour jouer ce rôle, car de par l'amitié russo-palestinienne (l'URSS puis la Russie ont souvent été du côté des Palestiniens), le patriarcat de Jérusalem est bien disposé par rapport à Moscou. Seul problème : pour des raisons évoquées plus haut, Jérusalem est en conflit avec Antioche, meilleur allié de Moscou au sein de la communion. Jean X d'Antioche, son patriarche, refuse donc de se rendre à la réunion. 


… Qui n'a pas même le succès escompté 


Moscou espérait pouvoir frapper un grand coup. Il n'en sera rien. Seuls deux patriarches en plus de ceux de Moscou et de Jérusalem font le déplacement. Celui de Tchéquie et des terres Slovaques, et celui de Serbie. Des représentants des patriarches de Roumanie et de Pologne sont également présents. La réunion sera en tout point frugale : à peine une journée de dialogue, aucune conférence de presse, Jérusalem semble gêné de la tournure qu'ont prise les événements. Le communiqué commun est lapidaire : à peine une page, et seulement quelques lignes très neutres abordent la question de l'Ukraine. On s'y contente de rappeler qu'un “dialogue panorthodoxe est nécessaire à la guérison et à la réconciliation”. Loin d'être un réquisitoire enflammé contre le patriarche œcuménique, le communiqué se borne à l'appeler à se joindre au dialogue. Moscou  n'a clairement pas réussi à imposer aux autres patriarches ses éléments de langage. 


Moscou sort humilié de la réunion d'Amman


Le constat est sans appel : Moscou a bien perdu en superbe depuis 1948. Dans sa lutte ouverte contre le patriarche œcuménique, elle ne peut compter sur presque aucun allié. Au contraire, Constantinople, au vu du caractère complètement fade du communiqué final, sort plutôt indemne de cette réunion pourtant fulminée contre elle. Remettre en cause de manière frontale l'autorité du patriarche œcuménique fait courir un tel risque à la communion orthodoxe, que personne n'ose le faire, malgré l'insistance pressante de l'Eglise russe. Comme a dit Irénée patriarche de Serbie : « si le patriarche œcuménique n'existait pas il nous faudrait l'inventer ».


A peine la réunion achevée, Cyrille ne se démonte pas, et annonce en préparer une seconde. La Covid 19, puis la guerre en Ukraine en voudront autrement. Le 1er octobre 2023, Théophile de Jérusalem annonce vouloir à nouveau tenter une médiation, soutenu par Moscou, confirmant par là qu'il entend continuer à revendiquer une  place d'arbitre de la communion.  


La guerre en Ukraine va doper la volonté russe de mettre à bas l'autorité de Constantinople


La guerre provoque une surenchère dans l'affrontement des deux patriarcats. Cyrille n'hésite plus à user de termes extrêmement durs contre son adversaire en l'accusant d'être un ennemi de l'orthodoxie, voire même d'être possédé par le démon. De pareils mots n'ont jamais été entendus même durant la guerre froide. Bien qu'il soit trop tôt pour l'affirmer avec divers exemples à l'appui, il semblerait que la guerre en Ukraine ait accentué la tendance de configuration de l'Eglise par l'Etat russe. Cela se voit à la fois dans l'accentuation de la centralisation observée dans les deux institutions, (cela va faire trois ans que l'Eglise orthodoxe russe n'a pas réuni le conseil des évêques, sorte de parlement de l'Eglise, ce qui revient de facto à confier la gouvernance de l'Eglise à un seul homme, Cyrille), et dans la radicalisation de l'opposition à « l'Occident collectif » de l'Etat russe que Moscou reprend à son compte en identifiant Constantinople à l'Occident. 


« L'opération militaire spéciale de dé schimatisation » de Moscou contre Constantinople et ses alliés  (2019-2023)


La constitution de l'exarchat d'Afrique : une dangereuse surenchère


Nous avons vu Moscou tenter de contre attaquer premièrement en contestant l'autorité du patriarche Oecuéménique par la réunion d'Amman. Le second volet de sa réaction prend la forme de représailles par des « invasions » des territoires canoniques des Églises qui ont reconnu l'EOU (PK). Cyrille annonce la création d’exarchats en Europe occidentale et en Asie du sud-est. Certains représentants de l’Église orthodoxe russe déclarent que le patriarcat de Constantinople n'est plus totalement orthodoxe et qu’il est nécessaire de prendre en charge les orthodoxes de la diaspora (ce qui implique les fidèles de Moscou mais pas uniquement) présents sur leurs territoires. Le patriarcat russe tente de prendre en charge les croyants présents dans les territoires canoniques des Églises avec lesquelles il n’est plus en communion. Des prêtres de l’Église orthodoxe russe ont été envoyés en Turquie, pour s’occuper des orthodoxes en désaccord avec Constantinople, et à Singapour pour y fonder un exarchat (une région ecclésiastique) en Extrême Orient. Après la reconnaissance de l'EOU (PK) par le patriarche d’Alexandrie, le patriarcat de Moscou a annoncé la création d’un exarchat en Afrique pour s’occuper des fidèles qui ne veulent plus suivre Alexandrie. On parle d'une centaines de paroisses qui sont passées à Moscou en Afrique. On voit donc apparaître des Églises orthodoxes russes en Ethiopie, en Afrique francophone, et même en Centrafrique. Cette décision accompagne le renforcement de la présence russe sur le continent, et, dans le cas présent, est concomitante avec la présence du groupe Wagner. Bel exemple de symphonie entre le Kremlin et l'Eglise Russe. 


L'Eglise Russe : une Église Monde en devenir ? 


Cela induit deux conséquences : premièrement Moscou en implantant ses églises en Afrique et en Asie étend et approfondit le conflit. D'agressé, Moscou devient agresseur, ce qui à l'avantage de faire réfléchir deux fois ceux qui voudraient oser reconnaître à leur tour l'EOU (PK). Mais cela revient à multiplier les luttes territoriales au sein de la communion orthodoxe. Tout indique donc que la crise est appelée à durer. 


Deuxièmement, en étendant sa compétence canonique à l'Afrique et à l'Asie, le patriarcat de Moscou prend les allures d'une Église monde. Il y a là une rupture apparente avec le principe de territorialité des Églises orthodoxes qui veut que toutes les Églises respectent plus ou moins des frontières canoniques qui correspondent aux frontières politiques. Tout cela renforce l'impression que l'Eglise ne fait que suivre l'étendu des ambitions mondiales de Vladimir Poutine, notamment en Afrique. 



Bulgarie : un pro-russe élu Patriarche dans des conditions un peu trouble 



En mars 2024 le patriarche bulgare Néophyte meurt. L'Église réunit alors un synode pour élire son successeur. La Bulgarie est un pays historiquement russophile depuis le XIXème siècle, dont le soutien à l'Ukraine est contesté par une partie de la population. Le système d'élections est original: il permet à des laïcs désignés par la communauté chrétienne de voter. L'élection est immédiatement décrite comme un champ de lutte entre les deux patriarcats ennemis. Néophyte était relativement neutre dans cette lutte, Constantinople et Moscou ayant chacun un candidat favori afin de gagner un soutien dans leurs lutte. Toutefois à la surprise de tous, la très rapide élection désigne à une courte majorité un jeune candidat de 52 ans. Danaïl métropolite de Visin, un évêque résolument pro-Russe qui a pris des le début de la guerre position pour l'armée Russe. 



Cette élection est une véritable victoire pour Moscou qui consolide son assise sur une Église-soeur, et ceci pour longtemps. Le patriarche est jeune, et restera longtemps en place. Cela prouve une chose : l'agression russe a eu des effets très variés selon les pays sur l'image de Moscou. Et dans certaines Églises, cela n'a eu que très peu d'incidence. 



Constantinople contre-attaque par de multiple coups de pique contre Moscou dans l'ex URSS (2022-2023) 


En parallèle, Constantinople ne retient plus ses coups depuis le déclenchement de la guerre et œuvre à réduire l'influence religieuse russe sur l'ex URSS, et ailleurs. Premièrement, le patriarche Bartholomé soutient personnellement l'Ukraine, et a rencontré plusieurs fois Volodymyr Zelensky. A une échelle européenne, le Phanar va jouer sur les tensions ecclésiales dans les marges de l'Eglise Russe pour affaiblir son rival, et en même temps se renforcer en absorbant les communautés en froid avec Cyrille





Rebelote en Lituanie 


Les pays Baltes, exactement comme l'Ukraine, sont d'anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes en 1991 qui ont gardé un très mauvais souvenir de la domination soviétique. Ils conservent une population russe orthodoxe d'importance variable. Nous avons vu que l'Estonie était déjà un terrain de lutte entre les deux patriarcats en 1996. 



Lors de l'invasion de l'Ukraine, (vécue avec une très grande émotion par les pays baltes qui manifestent un soutien acharné à l'Ukraine, tant ils s'estiment être les prochaines cibles du Kremlin) cinq prêtres orthodoxes de l'Eglise Russe en Lituanie se montrent très critiques envers la politique poutinienne, et envers leur patriarche. Celui-ci répond par la plus dure des sanctions canoniques, il les déchoit de leurs qualités sacerdotales. L'affaire provoque un très grand bruit en Lituanie, et est vécue comme une nouvelle ingérence de Moscou dans les affaires intérieures de la nation. Le Phanar, en mars 2022, à l'invitation du gouvernement Lituanien, les recueille en son sein et fonde, pour eux, un diocèse de son Eglise en Lituanie. Il s'agit d'une « invasion ecclésiale » (exactement comme Moscou l'a fait à son encontre en Turquie) car canoniquement ce territoire est confié à l'Eglise Russe, et deux diocèses orthodoxe concurrents vont donc s’y concurrencer. 


Lettonie : le pouvoir politique impose une prise de distance religieuse aux russophones par rapport à Moscou 


Exactement comme pour ses deux frères baltes, la Lettonie voit sa minorité orthodoxe (environ un quart de la population) surtout composée de russophones, fidèles au patriarcat de Moscou, dont la loyauté à l'égard de leurs pays est considérée comme douteuse. Ce fait a toujours constitué un sujet de fortes tensions, à la fois en interne et avec le voisin russe.  


Depuis l'invasion de l'Ukraine, le gouvernement veut plus que jamais  couper court à toute influence russe sur son territoire. En septembre 2022, le parlement vote une loi qui contraint l'Eglise à choisir son évêque dans la population de nationalité lettonne, et non parmi les prêtres russes dépêchés par Moscou, et qui oblige l'Eglise à ne plus obéir à « aucune autorité ecclésiastique extérieure ». L'Eglise locale s'exécute mais sans violer le droit canon. Elle demande le 8 octobre à Moscou son autocéphalie et élit elle-même son évêque en juillet 2023. Ce qui cause de graves dissensions avec Cyrille, qui canoniquement est le seul à pouvoir nommer les évêques de son Eglise. L'Eglise Lettone s'éloigne donc de son Eglise mère… Mais sans brusquer la rupture. 


Cela affaiblit l'autorité de l'Eglise russe sur ses bordures, où son autorité est contestée par ses propres fidèles. Car sa bénédiction de l'invasion de l'Ukraine est incomprise par une grande partie des minorités russophones des pays baltes. 


L'Eglise Roumaine : business is business 



Moldavie : se séparer de « l'Eglise impériale » 


En Moldavie la situation est très différente, puisque ce n'est pas Constantinople qui est à l'offensive mais Bucarest. Et nous allons le voir, cela change beaucoup de chose. Car le patriarcat de Bucarest n'est pas vraiment un allié de Constantinople, mais un acteur opportuniste. 


La Moldavie est une région à l'histoire complexe dont la majorité de la population est de culture latine, de langue roumaine, et de religion orthodoxe, originellement fidèle au Phanar. En 1812, elle est rattachée à l'Empire russe, qui lance une campagne de russification dont le volet religieux consiste évidemment à rattacher les églises à Moscou. De 1919 à 1944, la région est disputée entre l'URSS et la Roumanie qui l'occupent successivement avant qu'elle ne devienne finalement indépendante en 1991. L'unique Église présente sur place reste alors l'Eglise russe. Un an après, le patriarcat de Bucarest, à l'aide de prêtres moldaves nationalistes (c'est-à-dire favorable au rattachement de la Moldavie à la Roumanie), se réimplante sur place et entre donc en confrontation avec Moscou. Bien entendu, le patriarcat de Constantinople et l'Etat Roumain soutiennent l'Eglise Roumaine cette dernière n'obtient que très peu de ralliements de prêtres de l'Eglise russe. Pour toutes ces raisons, l'Eglise russe évite de trop protester contre Bucarest et ne se plaint pas de la création de cette Église autonome concurrente. 


Les lutte des deux Eglises va se superposer à la lutte politico identitaire de la moldavie indépendante : les libéraux (comprendrent ceux favorable à la démocratie, aux droits de l'homme, à l'effacement du passée soviétique) estiment que de part la large majorité de la population roumanophone, le pays doit revenir à la Roumanie, et surtout s'orienter vers l'Europe, afin de se détourner de l'ancien colonisateur russe. A l'opposé, les communistes et leurs alliés, fidèles à Moscou et nostalgiques de l'URSS, se définissent comme moldaves et non comme roumains. Ils estiment que leur pays est multiculturel, entre influences russes, roumaines, ukrainiennes, bulgares, turques. Ils rejettent l'identité roumaine et vouent aux gémonies l'Europe. Une partie du pays, à l'extrême Est, est contrôlée de facto par l'armée russe qui y a créé un Etat indépendant sécessionniste : la République de Transnistrie.  Cet état de fait maintient la Moldavie dans une  situation inconfortable de conflit gelé avec la Russie. Et comme en Géorgie, cette situation renforce considérablement le poids politique de Moscou dans le pays. D'autant plus que l'Etat Moldave est structurellement déficient, affaibli par la corruption endémique, et les luttes d'influences entre l'Occident et la Russie dont il est l'objet. 


Comme pour l'Ukraine, l'alternance du pouvoir entre 1991 et 2018 va voir le pays balancer entre intégration Européenne et fidélité à la « mère Patrie Russe ». Chaque camp favorise sa propre Église. Un arrêt de la CEDH de 2002 contraint le gouvernement Moldave (à l'époque pro russe) de reconnaître légalement l'Eglise roumaine. Depuis, la situation semble stable. La majorité de la population n'ayant que faire de ces divisions, et les prêtres des deux Eglises étant d'accord pour ne pas trop surjouer l'hostilité. La paix religieuse est favorisé par l'immense confiance que les Moldaves accordent à l'Eglise (Russe ou Roumaine) qui bénéficie d'un transfert de légimité issu de l'Etat incapable de suciter la moindre confiance de la population. Les deux Eglises n'ont donc pas intérêt à s'affronter afin de pouvoir bénéficier de cette position de force par rapport à l'Etat Moldave. Les politiques cherchent en effet le soutien d'une des deux Églises pour les élections mais sans trop chercher à changer le statu quo religieux, de facto très à l'avantage de Moscou. 


Jusqu'à ce que la guerre en Ukraine fasse craindre de remettre en cause les équilibres géopolitiques et religieux régionaux. Comme pour l'Ukraine, le gouvernement moldave est passé dans les mains des pro européens en 2019. Son principal objectif est l'intégration européenne, et la rupture franche avec la Russie. La présidence Moldave, à la différence de l'Ukraine, hésite à s'immiscer dans le champ religieux pour soutenir l'Eglise roumaine au détriment de l'Eglise russe. Mais la perspective de l'intégration européenne du pays froisse considérablement l'Eglise Russe. D'autant plus que le Kremlin ne cache aucunement sa volonté de renverser le pouvoir moldave pour le remplacer par un gouvernement pro russe. Il est légitime de penser que dans ce programme putschiste l'Eglise Russe puisse avoir un rôle à jouer. 


La présidente Maia Sandu cherche donc de plus en plus ouvertement à séparer son pays de « l'Eglise Impériale ». Cela se manifeste notamment par le projet de retirer à l'Eglise Orthodoxe Russe l'académie théologique de Chisinau, le principal séminaire du pays (qui forme les prêtres des deux Eglises) pour le confier à l'Eglise orthodoxe roumaine. En outre, la cours suprême du pays a annulé certaines lois prises par le pouvoir pro russe de l'époque qui restreignait les désertions des églises russes vers l'Eglise Roumaine. Tout cela pour l'instant reste très limité, preuve de la faiblesse de l'Etat qui ne peut pas affronter trop brusquement l'Eglises Russe de Moldavie. Néanmoins c'est une preuve de plus que quand il s'agit de s'éloigner de la Russie, aucun pays anciennement soviétique ne peut faire l'économie de se séparer de l'Eglise Russe. 


Un aspect fondamental de cette lutte est le bouleversement des représentations politiques opéré par l'Union Européenne. La lutte religieuse n'est qu'un des aspects de la lutte idéologique et économique que se livre en Moldavie et en Ukraine les camps Russes et Occidentaux. L'espoir européen  pour les citoyens moldaves et ukrainiens influe de manière déterminante sur leurs identifications à l'un des deux mondes, ainsi qu'à leurs Églises. Aux enjeux d'identités politique et religieuse s'ajoute un espoir de développement économique européen qui facilite la diffusion à l'identification au camp occidental. 


Février 2024 : L'Eglise Roumaine envahit (canoniquement) le territoire Ukrainien 


Cela ne doit pas faire penser que l'Eglise Roumaine se positionne pour autant dans le camp de Constantinople. Bien au contraire, il est tout à fait bénéfique pour une Église comme celle de Bucarest de jouer une position de demandeuse-profiteuse par rapport aux deux camps. Et de chercher à tirer avantage de la situation en rognant prudemment et lentement sur les plates-bandes des deux patriarcats. Tout en s'assurant de ne jamais aller trop loin afin de ne pas atteindre le point de rupture qui provoque la contre attaque et pousse Bucarest par accident dans un camp. Car ainsi ni Constantinople ni Moscou ne contre-attaquera de peur que ladite réaction pousse Bucarest dans le camp adverse. Business is business…


Ainsi, comme nous l'avons vu depuis 2022 et le déclenchement de la guerre en Ukraine, Bucarest à opté pour une stratégie plus agressive en Moldavie. Il fallait donc compenser en faisant de même avec Constantinople. Ou plutôt de profiter de l'occasion pour à la fois gagner en influence tant sur le plan interne qu'international et de se positionner comme acteur ambiguë dans la lutte Constantinople/Moscou afin de décourager Moscou à le sanctionner.


En février 2024 le synode de l'Eglise orthodoxe Roumaine annonce la création d'un exarchat (diocèse) de l'Eglise Roumaine pour toute l'Ukraine afin d'offrir à l'importante minorité Roumaine ukrainienne une Eglise qui respecte leurs identité spirituelle et linguistique. Une telle décision est justifiée par le synode par les quelques violences et mesures discriminatoires dont sont victimes les membres de la minorité roumaine en Ukraine. En effet l'invasion russe de 2022 à declanché un puissant réflexe nationaliste dans la société ukrainienne, ce qui se traduit par une promotion parfois brutale de la langue ukrainienne dont les 400 000 membres de la communauté roumanophones sont victimes par dommage collatéraux. Cette manœuvre offre plusieurs avantages pour Bucarest : premièrement, en s'érigant comme défenseur de « l'identité spirituelle » des Roumains, elle met l'Eglise au diapason de la tendance nationaliste qui actuellement touche une large part de la population. Deuxièmement elle profite de la difficile situation de la minorité Roumaine ukrainienne en rattachant à son Église une population en diaspora ce qui est toujours économiquement et démographiquement rentable. Toutefois, comme nous l'avons vu, une pareille mesure est canoniquement illégale. C'est une double invasion canonique autant envers l'Eglise Orthodoxe Ukrainienne alliée au Phanar… qu'à l'Église ukrainienne (PM) qui accueille dans ses paroisses la majorité des croyants ukrainiens roumanophones. Une telle décision a évidemment provoqué la fureur des deux Eglises Ukrainiennes, ainsi que celle du Phanar, furieux de voir les règles canoniques de la communion être ainsi ouvertement violées. Notons également que cette politique n'est pas en accord avec la diplomatie Roumaine actuelle. L'État Roumain adopte depuis 2022 une politique résolument pro ukrainienne à l'inverse donc de son Église. 






Nous avons désormais les cartes en mains pour estimer avec justesse les causes et les conséquences immédiates de la crise. L'affrontement d'influence que ce livre les deux pôles de l'orthodoxie porte en lui la possibilité de scinder en deux la communion et du coup de mettre fin à l'existence de la communion. D'autant plus que comme la crise se superpose à l'affrontement géopolitique de cette « nouvelle guerre froide », il est donc à craindre que nous ne soyons qu'au début du combat. Cependant, le réalisme nous engage à être prudent sur les pronostics pour l'avenir. D'autant plus que les comparaisons historiques pertinentes qui offrent des points de repères encouragent à la modération. La communion orthodoxe dispose d'une longue tradition de gestions des conflits et de compromis, qui pourrait la sauver de la division. 


V. Bilans et pronostics sur l'avenir de la communion 



Vers la constitution d'une orthodoxie écartelée en deux pôles idéologiquement opposés ? L'exemple des politiques oecuéméniques 


L'oecuménisme, un soft power 


Observe-t-on actuellement la constitution de deux blocs orthodoxes distincts tant par leurs intérêts géopolitiques que par leurs convictions politiques, qui découlent partiellement des premiers ? Répondre à cette question exige de rester prudent, et d'admettre que l'on est sur le terrain du spéculatif, car nous allons le voir, la division n'est pas encore irréversible, et que les divergences idéologiques des deux rivaux sont, nous l'avons vu, pour l'instant très relatives, voir négligeables. 


Un bon moyen de constater quelles sont les (timides) lignes de divergences actuellement en train de se dessiner dans la communion ainsi que les rapports de force, est d'observer les politiques œcuméniques des deux rivaux. L'oecuménisme pour les confessions chrétiennes est en quelque sorte le soft power des Etats. Se placer sur le terrain des relations œcuménique, y gagner et tenir un rang permet de s'octroyer une stature d'Eglise internationale. C'est-à-dire une d'autorité moralement et spirituellement reconnue. Comme dans la diplomatie étatique, des accords œcuménique sont signés par les Églises, qui autorisent parfois des échanges universitaires de séminaristes ou de chercheurs, encourage la diffusion d'oeuvres théologiques, historiques ou spirituelles, et permettent le prêt de reliques voir la reconnaissance mutuelles de saintes figures à vénérer. Devenir une « puissance œcuménique » exactement comme dans le domaine du soft power international c'est devenir une puissance d'influence dont les concepts politiques, philosophique, théologique, ecclésiologique sont suivis bien au-delà des frontières de sa propre Église. 


L'oecuménisme Russe : un paradoxe Poutinien 


Observer l'oecuménisme de Cyrille s'est être confronté à un paradoxe : officiellement l'Eglise Russe adopte une théologie conservatrice, donc hostile en théorie au dialogue interreligieux. Dialoguer avec les non orthodoxes, c'est tolérer l'erreur. Mais Cyrille pourtant est un acteur majeur du terrain de l'oecuménisme. Loin de limiter ses ouvertures uniquement vers les membres de la communion orthodoxe, l'Eglise Russe continue de s'ouvrir au dialogue avec des pré chalcédoniens, des « nestoriens » (anténicéens) ou catholiques. Sa politique religieuse semble s'orienter notamment vers les Églises présentes dans des pays proches de la Russie tels que l'Inde ou la Syrie. Cela facilite les contacts, et les points de rapprochement. En outre, l'Eglise Russe dénonce avec force les lois progressistes prises en occident et encourage les gouvernement et les Églises des pays du sud à se prémunir contre de pareilles législations. 


Elle se permet même quelques ouvertures vers les protestants évangéliques afin de pousser un agenda politique conservateur en occident, ce qui ne manque pas de faire réagir Constantinople. Cette politique d'ouverture peut parfois donner des fruits non prévus, tel que la conversion d'américain trumpistes, qui trouvent que l'Église Russe plus en phase avec leurs valeurs que leurs églises évangéliques.


Nous pouvons là encore dresser le parallèle entre l'œcuménisme pragmatique Cyrillien et l'utilisation par la Russie Poutinienne des symboles et de la rhétorique soviétique au service d'une politique apparemment conservatrice. Si on a tendance à classer Vladimir Poutine comme un conservateur, l'administration Poutinienne use abondamment des marqueurs socialistes afin de souder la population très largement nostalgique de de l'URSS autour d'un passé glorieux. Diplomatiquement la Russie poutinienne habillement continue d'être un « pays antifasciste » quand ça l'arrange en Afrique ou au Vénézuela, et sait apparaître comme un pays de droite quand ce n'est pas le cas. Cyrille comme Poutine est un pragmatique. 




En parallèle Constantinople avance ses pionts dans un œcuéménisme plus progressiste notamment avec Rome et l'écologie 


A l'opposé, Le patriarche oecuéménique tient une ligne que l'on pourrait décrire comme plus orientée vers l'occident. Il dialogue avec un grand nombre d'Églises chrétiennes, rencontre de dirigeants politiques occidentaux en grand nombre. Sur l'écologie, il continue de prendre position avec force en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, ce qui lui permet de trouver un terrain politique sur lequel sa voix est entendue. D'un point de vue religieux il parvient à signer des accords importants avec l'Eglise Romaine, notamment sur le mariage et le divorce, chose que l'Eglise Russe se refuse absolument à faire. On l'a vu avec la conférence de 1948, l'orthodoxie Russe tient en mauvaise estime le catholicisme. 


L'enjeux commun des relations avec la Rome catholique 


Un point fondamental de la politique œcuéménique des deux ennemis est leurs relations avec l'Eglise catholique romaine. Le Pape François est parvenu à s'imposer comme une figure internationale de premier plan dont l'influence dépasse largement le terrain religieux. Maintenir des contacts avec lui est donc indispensable afin de revendiquer le titre de grande Eglise chrétienne. D'autant plus que si l'on pourrait à priori penser que François dans la lutte inter orthodoxe devrait pencher pour Constantinople plus que pour Moscou, il faut nuancer. Rome cherche à maintenir des rapports le plus cordiaux possible avec Cyrille de Moscou. D'une part car pour l'Eglise Catholique le dialogue avec l'orthodoxie doit être le plus large possible, l'Eglise Russe au vu de son influence est donc un acteur avec lequel les relations doivent être soignées. D'autre part, Rome veut conserver sa neutralité dans la lutte inter orthodoxe. 


Ajoutons que de part son origine Argentine, et ses anciennes convictions politiques péronistes (du moins c'est ce que certains prétendent. Mais il est complexe de savoir ce que pense vraiment un jésuite) François conserve un certain antiaméricanisme très discret mais visible. Sa politique tournée vers le sud global, et cherchant à s'accommoder la Chine a donc quelques points communs avec celle de Poutine. Cela se ressent notamment sur sa politique par rapport à la guerre en Ukraine. Alors que l'Ukraine acceuille une très forte et nationaliste minorité gréco catholique, François à mis beaucoup de temps avant de condamner fermement l'invasion, et ne l'a fait qu'en estimant que l'OTAN porte sa part de réponsabilité dans la guerre. Face à de jeunes catholiques russes, le Pape a même encouragé à se sentir fier de « l'Empire Russe » et de la « Sainte Russie ». Chose inacceptable pour les Ukrainiens. Cyrille de Moscou maintient un dialogue limité et ponctuel avec Rome mais juste suffisant pour que l'Église catholique maintienne sa neutralité. 


Observe-t-on là deux politiques œcuméniques qui pour leurs différences annoncent une orthodoxie séparée entre deux dynamiques opposées ? Peut-être, attention toutefois à ne pas tirer de conclusions trop hâtives. Nous sommes ici, il faut le répéter, dans le domaine du spéculatif. 




Une crise dont il ne faut pas sous estimer le danger pour la communion 


La guerre en Ukraine ne fait qu'accentuer l'intensité de la crise 


Fondamentalement, la guerre en Ukraine n'a pas modifié la nature de la crise, elle n'a fait que radicaliser un affrontement latent dont les racines remontent pour certaines au XIXème siècle voir à la naissance de la communion. Les tensions ne puisent pas leurs sources dans un unique cause, mais dans une multitude de questions trop longtemps laissées sans réponse. A force de laisser pourrir des tensions jamais résolues, la communion se retrouve face à une crise qui les réunit toutes. Crise autour de la diaspora, de l'instrumentalisation des Églises à des fins nationalistes, de l'attribution canonique de l'autocéphalie, du rôle du patriarche œcuménique, de la symphonie entre le trône et l'autel… Filons une métaphore pour mieux faire comprendre notre propos : la situation de la communion serait celle d'une ville dont les égouts n'ont pas été nettoyé depuis des siècles, et où les habitants ont pris l'habitude de jeter leurs déchets dans les bouches d'égout en dehors de toute prudence. Survient la mousson, si les égouts débordent de toute part, ce n'est pas seulement à cause de la violence des pluies, mais surtout parce que des générations entières ont laissé pourrir leurs déchets sans chercher à les évacuer par les voix saines. 



Le sort de Constantinople, une épée de Damoclès sur la communion


La crise est grave, car elle survient à un moment où la situation du patriarcat œcuménique est particulièrement critique. La question de la succession du patriarche est pour l'instant sans réponse, à cause de la quasi disparition de la communauté grecque d'Istanbul et de la fermeture de son unique séminaire voilà cinquante ans. La possibilité de son déménagement au mont Athos doit sans doute être envisagé au Phanar. Mais cela risquerait d'ouvrir une sérieuse crise : différents acteurs auraient tout intérêt à instrumentaliser ce déménagement. Tel le gouvernement Turc afin de s'accaparer les derniers biens de l'Eglise de Constantinople, l'Église Russe pourrait même estimer que ce déménagement actera la disparition pure et simple du titre de patriarche œcuménique. La disparition du patriarcat œcuménique ou un affaissement majeur de son autorité ouvrirait sans doute une crise autrement plus grave voir sonnerait la mort de la communion. Non de la religion orthodoxe, mais de la communion qui pourrait s'en trouver définitivement fragmentée. 




Où en est-on de la lutte ? 


Les religions, comme les civilisations, sont des organismes lents à se mouvoir dans l'histoire, dont l'évolution se mesure en décennies voir en siècles. Le schisme actuel est sans doute destiné à durer peut-être des décennies, ce qui ne veut pas dire qu'il mettra fin à l'existence de la communion. On ne défait pas facilement même en un siècle ce que deux millénaires ont bâtis. Les rapports de forces entre les deux adversaires ne sont donc pas figés, au contraire, ils vont sans doute se mouvoir sur des années. Il est donc impossible de déterminer qui va sortir victorieux de cette lutte, d'autant plus que, rappelons-le, les autres Églises de la communion ont tout intérêt à que la crise ne s'aggrave pas, et vont sans doute rester neutre le plus possible, voir chercher à profiter de la situation. Toutefois, tentons de faire un rapide panorama des rapports de forces actuels et des mouvements tectonique déjà en place. 


Les Églises hellènes, centrées autour de Constantinople, sont affaiblies par leurs déclin démographique. La Grèce comme Chypre perdent des habitants à un rythme rapide, tant à cause de l'émigration vers l'Europe de l'Ouest que du déclin dramatique de la natalité. Cela va impacter leurs pouvoirs sur l'ensemble de la communion, car le nombre de leurs clercs et le montant des dons financiers qu'ils reçoivent sont lié à leurs nombre de fidèles. Or, pour reprendre l'expression de Staline on mesure l'influence d'une institution à son « nombres de divisions » 


L'Ukraine en cela va grandement aider Constantinople, et va sans aucun doute devenir un de ses plus fervents soutiens. Vladimir Poutine en envahissant le pays à clairement fait un cadeau au Phanar. Autrefois divisé religieusement, le pays va sans doute délaisser L'EOU (PM) qui pourtant tenait le haut du pavé avant la guerre, pour se tourner vers l'EOU (PK). En maudissant l'Ukraine, Cyrille de Moscou à fait des Ukrainiens des ennemis bien plus déterminés à l'abattre que Constantinople ne l'a jamais été. Cette aide est d'autant plus bienvenue qu'elle est issue des rangs de l'Eglise Russe. Remarquons que tout ce que nous venons de dire deviendra caduc si Moscou écrase l'Ukraine et s'empare de la totalité du pays dans les prochaines années à la faveur du conflit militaire en cours. 


Les Églises Européennes sont sans doute qui vont connaître le plus d'évolution dans les décennies à venir. Des changements sont à prévoir, issus à la fois de la déchristianisation probable de leurs populations (Grèce ou Roumanie), que par le déclin démographique de leur peuple, et par les effets de l'intégration européenne. L'UE a accentué la séparation des Églises européennes avec l'Église Russe, en rendant inaudible pour toute une partie de l'Église les propos incendiaires et belliqueux qu'il prononce encore aujourd'hui contre l'Ukraine. Il devient donc à la fois infréquentable et gênant pour des Églises de plus en plus soucieuses du respect des valeurs démocratique et du respect des droits de l'Homme. Pour autant vont-elles basculer vers le camp de Constantinople ? Cela reste à voir. Moscou conserve encore une influence symbolique financière encore très importante, et aucune des Églises européennes n'a intérêt à pleinement calquer sa ligne sur le Phanar, étant donné que cela fera courir d'autant plus le risque de fracture définitive de la communion. Et la Russie conserve encore auprès de certains peuples un capital sympathie et une influence encore efficace comme on a pu le voir en Bulgarie avec l'élection du pro Russe Daniel en 2024. L'Eglise Polonaise sera intéressante à étudier, car elle est située dans un pays résolument pro européen mais avec une population d'ethnie Biélorusse. Elle sera donc un objet d'analyse intéressant sur l'influence de l'Eglise Russe en Europe slave. 


Les Églises de Géorgie, d'Albanie, de Serbie, et de Macédoine du Nord restent pour l'instant globalement neutre ou proche de Moscou. Leur position dans cette lutte dépendra en grande partie de l'évolution politique de ces pays et de leur intégration ou non en Europe, ainsi que de l'évolution des liens de leurs pays avec la Russie. 


Les Églises Antioche et Jérusalem sont dans le camp de Moscou. Mais ne vont sans doute pas vouloir rompre avec le restant de la communion en prenant trop ouvertement position pour l'Eglise Russe. D'autant plus que ces patriarcats ont besoin du soutien de l'Occident tant leurs Églises sont dans des positions critiques au Proche Orient. Avec une population chrétienne de plus en plus réduite à cause des violences religieuses qui touchent la Terre Sainte et la Syrie. Notons que Moscou ne pourra pas totalement tirer profit du ralliement à sa cause de ces deux Églises sœurs. La faute à une guerre larvée non évoquée dans cette étude : ces deux patriarcats sont depuis 2013 en schisme eux aussi pour des raisons (encore une fois) liées à des luttes de territoires juridictionnelles sur la péninsule arabique. 


L'Eglise Russe a lié son sort à celui de l'Etat Poutinien


Quant à l'Église Russe sa position peuvent apparaître en premier lieux comme très favorables. Le Kremlin la soutient avec force et conviction. Ce serait oublier les leçons de l'histoire et les fragilités structurelles de la nation Russe. L'Eglise a lié son destin avec le pouvoir poutinien. Exactement comme au temps du tsarisme. Et l'on sait que celui-ci est très vulnérable en réalité. La Russie est friande des soubresauts sanglants, et les failles ne manquent pas : contestations de la guerre en Ukraine, radicalisation de l'extrême droite ultra nationaliste (comme l'a montré l'exemple de la tentative de coup d'Etat de Wagner), séparatisme tchétchène, revendications de minorités ethniques musulmanes de plus en plus importantes numériquement, dépendance de plus en plus grande aux cours des matières premières et à la demande chinoise… Ajoutons à cela que l'Eglise est rongée de l'intérieur par un mal redoutable : le désintérêt des Russes pour la foi. Son nombre de croyants diminue lentement, et ses églises se vident, concurrencées par des anciennes religions païennes, et le protestantisme. 


Toutefois, il est clair que Moscou dispose d'un nombre non négligeables d'avantages symboliques, financiers, démographiques et politiques sur Constantinople dans sa lutte pour la domination sur la communion. Elle peut compter sur l'extension actuelle de l'influence russe dans le monde pour gagner en puissance et en capacité de nuisance. 



L'Histoire nous invite à ne pas surestimer la gravité du schisme au vu des ressources propres de la communion pour surmonter ses propres tensions 


Une lutte qui n'est pas théologique, mais ecclésiale 


Tout cela dit, il ne faut pas non plus enterrer l'orthodoxie, et préciser à nouveau que la crise n'a aucunement une cause religieuse. Dans son ensemble, l'orthodoxie conserve une remarquable unité doctrinale, canonique, et liturgique, car les divisions n'ont pas d'origines théologiques. Contrairement à la crise qui a mené à la séparation des Eglises catholiques et orthodoxes (XIème-XIIIème siècle) où certains points doctrinaux faisaient l'objet de réelles tensions entre Grecs et Occidentaux. Ici rien de tel, les croyants des deux bords croient exactement en la même religion, et prient de la même manière. La division est issue de luttes d'influence, et est d'une continuation ecclésiale de l'affrontement géopolitique Occident / Russie qui dure depuis 1945.


Cela invite à relativiser l'impact de la crise sur le commun des fidèles : l'immense majorité d'entre eux sont indifférents au schisme, et ne s'en sont pour beaucoup pas même au courant. Pour les quelques dizaines de millions de croyants orthodoxe la licéité canonique de l'Eglise Ukrainienne est une considération qui les touche de très loin… Seuls sont concernés pour l'instant les sphères épiscopales. Et encore, l'immense majorité des patriarcats orthodoxes tentent de continuer à vivre comme si de rien n'était, et conservent des bonnes relations tant avec Moscou qu'avec Constantinople, sachant pertinemment que s'ils prennent fait et causes pour l'un des deux, la communion pourrait réellement éclater. 


Deux comparaisons historiques pertinentes, la domination islamique sur l'Europe de l'Est et le grand Schisme d'Occident 


Afin de tenter de nous projeter dans le long terme, plongeons nous dans l'histoire religieuse afin de comparer ce qui est comparable. L'orthodoxie en déjà connu des périodes dramatiques, notamment en 1453 quand disparaît l'Empire Romain qui l'a porté depuis sa naissance, et que le dernier patriarcat libre tombe dans les mains turques musulmanes. Comme nous l'avons rapidement vu, la remarquable culture de compromis et de résilience qui caractérise cette religion lui a permis de surmonter avec succès cette gravissime époque. Cette culture est encore vivace, et peut servir à limiter les dégâts du schisme, et permettre une résolution sur le long terme. 


En outre, l'histoire religieuse comporte un épisode pertinent à évoquer pour dresser des parallèles éclairants. Le grand schisme d'Occident de l'Eglise catholique entre 1378 et 1417 déchire pendant 39 ans la chrétienté occidentale. La présence de deux papes qui revendiquent chacun être l'unique chef de l'Eglise coupe en deux l'Europe. L'un (soutenu par la France et l'Espagne) siège à Avignon, l'autre (soutenu par les Italiens du nord, l'Angleterre et l'Empereur Romain Germanique) à Rome, et comme aujourd'hui les causes de division ne sont nullement religieuses mais uniquement politiques.  En 1407, il y en aura même un troisième à Pise ! Il faudrait l'intervention musclée de l'empereur germanique Sigismond pour mettre fin au schisme et restaurer l'unité avec le Concile de Constance (1414-1417). Si comparaison n'est pas raison, cet exemple démontre qu'une crise aussi grave et aussi longue que celle du grand schisme d'Occident n'a pas suffi pour abattre l'Eglise catholique romaine. Cela invite donc à remettre en perspective l'actuelle crise de l'orthodoxie qui ne dure que depuis quatre ans seulement. 



Immobilisée par le conflit, la communion ne peut affronter ses défis … et risque de se retrouver incapable de faire face au XXIème sicèle 


Néanmoins, les luttes patriarcales participent à maintenir l'orthodoxie dans une division sans fin, qui empêche une salvatrice analyse des causes des tensions. Nous n'avons pas abordé ces problématiques ici, mais l'orthodoxie (comme les autres grandes religions européennes) fait face à la sécularisation de l'époque moderne, voit ses églises progressivement se vider, et ses codes moraux être remis en cause par la postmodernité. Et c'est là peut être l'effet le plus néfaste pour la communion : la maintenir incapable d'aborder le XXIème siècle avec une réponse commune. 


La prise de décision d'important dans la communion incombe non pas à une entité ecclésiastique individuelle mais à un concile œcuménique, dont la réunion comme nous l'avons avec le laborieux exemple du concile de 2016, est particulièrement longue et complexe. Tant de graves sujets de tensions méritent une concertation commune : le devenir du patriarcat de Constantinople, les processus d'attribution de l'autocéphalie, les critères qui caractérisent le crime de schisme, la réponse orthodoxe face au sécularisme, au renouveau de l'ésotérisme et du paganisme, la reconnaissance ou non de l'Eglise orthodoxe en Amérique, et bien entendu les moyens pour faciliter la réunion d'un concile. Au vu de la situation actuelle, la réunion d'une telle assemblée paraît plus que nécessaire, mais semble chaque année toujours plus impossible. 


Une espérance  : la réconciliation Serbo-Macédonienne (2022)



L'orthodoxie n'a pas pour autant dit son dernier mot, et est encore capable de surprendre le monde. En 2023, à la surprise générale, le patriarche de Belgrade annonce reconnaître l'autocéphalie de l'Église de Macédoine. La Macédoine du Nord est un État issu de l'ex-Yougoslavie, dont  la population orthodoxe (majoritaire) était dans la situation identique de celle de l'Ukraine : canoniquement elle est soumise à l'ancienne puissance Serbe, mais factuellement la quasi totalité des croyants préfère suivre une Eglise schismatique nationaliste.


Après presque soixante ans de schisme, le patriarche de Belgrade décide judicieusement de reconnaître l'Église macédonienne en 2022. L'exemple Ukrainien a étonnamment aidé à débloquer cette situation autrefois complètement imbriqué en convainquant Belgrade qu'il vaut mieux faire de l'Église macédonienne une alliée qui lui est redevable, qu'un ennemi mortel comme l'est devenue l'Église Ukrainienne pour Moscou. 


Cette espérance est toutefois refroidie par l'attitude grecque : Constantinople est furieuse que l'accord de réconciliation confie à l'Eglise macédonienne la gestion de sa nombreuse diaspora... Ce qui revient comme toujours à contester les prérogatives du Phanar sur les « orthodoxes en diaspora ». Celui-ci ne reconnaît donc pas cette nouvelle Église. Et évidemment Constantinople et Athènes contestent le nom de la nouvelle Église. Cela peut paraître anecdotique, pourtant il s'agit d'un vieux sujet de discorde entre Athènes et Skopje. La Grèce estimant qu'aucune nation autre qu'elle ne peut revendiquer l'héritage de la Macédoine antique. Cependant cela pose une question canonique : une nouvelle Église reconnue par son Église-mère mais contestée par le patriarcat œcuménique doit-elle être ou non considérée comme membre de la communion ? Encore une fois le droit de canonique ne donne pas de réponse claire.


Évidemment, dans toute cette affaire les deux Etats ont amplement participé aux négociations, qui s'insèrent dans le projet serbe de rapprochement avec ses voisins balkaniques. Ce déblocage n'est pas uniquement dû à une initiative de l'Eglise mais est autant issu de la politique étrangère du gouvernement Serbe. Preuve une nouvelle fois que l'en orthodoxie, le religieux seconde le politique, et dépend de lui pour ses initiatives majeures. 



Conclusion : 



L'Occident, largement sécularisé depuis la seconde moitié du siècle dernier, reste persuadé contre toute évidence que le fait religieux est un phénomène déclinant, dont l'évolution vers des « spiritualités » multiformes et pacifiques lui assure une fusion dans la postmodernité relativiste. Cette attitude de païen qui s'ignore, nous affaiblit terriblement. Car l'Europe perd progressivement sa capacité à comprendre le fait religieux. Au contraire de ce naïf constat, l'exemple de l'instrumentalisation des divisions de la communion orthodoxe au service de la géopolitique de certains Etats prouve à quelle point le fait religieux reste un domaine clef de la politique dont le prince se sert, tel un vulgaire  instrument profane, afin d'assouvir ses intérêts. Nos rivaux et ennemis, tout à fait à l'aise quand il s'agit d'instrumentaliser la foi des croyants, savent intégrer Dieu dans leurs plans pour nous déstabiliser de l'intérieur. Les États turc et qatari diffusent l'idéologie frériste dans les mosquées européennes afin de disposer de relais d'influence sur nos territoires et parfois pour nous diviser. Vladimir Poutine se sert de l'Eglise orthodoxe russe pour diffuser son idéologie anti-occidentale. La guerre en Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février 2022 a renforcé l'affrontement politico-religieux que ce livre le Phanar et Moscou. Si cela peut sembler loin pour nos esprits français, la lutte pour la communion orthodoxe ne se limite pas à l'Ukraine, et concerne l'ensemble du continent. Dans cette lutte, Moscou lutte ouvertement contre nous, et Constantinople combat parfois pour nos valeurs. Le vainqueur de ce long duel disposera d'une voix puissante sur notre continent, dont il pourra se servir en faveurs de nos intérêts, ou de notre division. Renforcé par sa quasi intégration dans l'Etat Russe, le patriarcat de Moscou dispose de puissants atouts financiers et symboliques qui lui permettent de tenir la dragée haute au Phanar. Celui-ci s'il sait trouver du répondant en profitant des failles de son adversaire mais ne peut pas rivaliser en termes financiers, ou d'influence par rapport au géant russe. Comprendre les enjeux de ce schisme permet de saisir à quelle point il est urgent que nous devons réapprendre, parfois, à contre-attaquer sur ces terrains avec les armes de nos ennemis. Les religions ont leurs lois, leurs théologies, leurs hiérarchies, leurs réformateurs et leurs intégristes. Si nous n’apprenons pas à interagir avec eux, nous risquons de nous condamner à les subir. 



 Jean Desbois. 



Si vous désirez citer ou utiliser ce travail, merci de nommer l'auteur dans vos sources, le lien du blog, ainsi que le nom de l'ouvrage et sa date de parution. 

Sources : 



Général : 









Constantinople : 



Mis à part certains détails théologiques sur les querelles christologiques, la vidéo est de très bonne facture. 


Église Orthodoxe en Russie : 


  • L. PETTINAROLI. 2021. L’autocéphalie en guerre froide : tensions interconfessionnelles et réflexion sur l’unité à la conférence inter-orthodoxe de Moscou de 1948, Autocéphalies. L’exercice de l’indépendance dans les Églises slaves orientales: (IXe-XXIe siècle). Publications de l’École française de Rome











Lutte Moscou Constantinople :




Géorgie : 














Antioche





Églises orthodoxes aux EUA : 





Eglise orthodoxe russe contestée par une partie de la société civile russe sécularisée : 



Rodnovérisme : 



Oeucuménisme en orthodoxie : 






Le grand concile de 2016 : 



Ukraine : 




Guerre en Ukraine : 



Moldavie : 





  • Salomé VINCENDON; Moldavie: Macron dénonce des "tentatives de déstabilisation" de la Russie, BFM TV, 17/03/2023 



Roumanie : 



Lettonie




Lituanie : 




 



Pour enrichir l'étude : 


Sur l'amérique : 



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