Complotisme et géopolitique à l'heure du retour des Empires
- 30 août 2025
- 13 min de lecture
L'arsenalisation du complotisme

Source : Leah Millis, Reuters, 2021
La principale faiblesse de nos sociétés face à aux nouveaux Empires que sont la Russie Poutinienne et les EUA MAGA est d'ordre sociologique : le complotisme. Le qualifier de « danger » peut sembler exagéré, car douter de la véracité du programme Apollo ne fait pas nécessairement de vous un traître au service de Poutine. Cependant, étant donné les ressources considérables que Moscou et Pékin consacrent à la diffusion de désinformations en Occident, cette évaluation ne semble pas si excessive. Le complotisme n'est pas qu'une affaire de croyances loufoques : il s'agit d'une véritable arme d'ingénierie sociale. Et ces effets sont très concrets : plus on croit en des théories extravagantes, plus on a tendance à soutenir des politiques autoritaires illibérales, et donc (souvent) à soutenir la Russie et Trump. Nos ennemis en sont les premiers conscients, et appuient donc là où ça fait mal.
L'élection présidentielle roumaine de 2024 et de 2025, fut pour l'Europe un coup de semonce dans ce domaine. Narratifs conspirationnistes baroques, ingérences numériques étrangères, barbouzeries et discours politiques pro-russe illibéraux se sont rejoints dans un candidat : Clin Georgescu. In fine après bien d'improbables péripéties, c'est un candidat pro-Européen, Nicușor Dan, qui finit par l'emporter. Mais les germes du problèmes restent les mêmes et continuent à proliférer en Europe. Sans réponse coordonnée de notre part, nous marcherons vers l'abîme.
Un phénomène polyface
Commençons par définir ce que l'on entend ici par « complotisme ». Il ne s'agit pas d'abord d'une croyance mais d'un état d'esprit. Une modalité de représentation du réel fondée non sur l'interprétation des faits mais sur la recherche de complots issus d'une supposée élite malveillante. En psychologie, on envisage le complotisme comme dépassant la croyance à l’existence d’un complot bien spécifique – après tout, tout le monde croit à l’existence de l’un ou l’autre complot. Par complotisme [...] nous entendons une tendance, à appréhender la société tout entière sous l’angle du complot. [...] Du point de vue de la personne complotiste, l’existence du complot est supposée a priori, par défiance envers les élites. Il s’agira alors d’interpréter les faits, pour confirmer l’existence du complot. [...] Mais il s’agit d’une démarche profondément biaisée dès lors qu’elle est guidée par une prémisse incontestable qu’on cherche à valider à tout prix. Ce mode de raisonnement permet aussi d’identifier la rhétorique complotiste. Et Celle-ci se caractérise par la mise en évidence de supposées « anomalies » dans le compte-rendu communément accepté d’un événement, ces anomalies étant reliées par un récit qui permet de faire sens de la totalité à la lumière de la prémisse incontestable du complot.
Il est compliqué de faire une sociologie de ce phénomène. Cependant les théories du complot exercent un attrait particulier pour ceux qui se perçoivent comme des « perdants ». [...] Le complotisme permet alors à ces « perdants » de retrouver une compréhension sur le monde qui leur est refusée par la trop grande complexité de notre temps. Ils peuvent alors le comprendre et y trouver une place : celle des élus face à la masse des moutons. Par ailleurs, le complotisme s’inscrit généralement dans des communautés d’appartenance, qui structurent non seulement la vision du monde, mais également la vie quotidienne. Par exemple, pour certaines mères « anti-vaccins », l’adhésion au complot des « big pharma » s’inscrit dans un mode de vie « proche de la nature », perçu comme éloigné de la société de consommation. Dit autrement : l'adhésion à ce genre de croyance est un parfois un moyen pour des populations souvent vulnérables d'intégrer une communauté soudée par des valeurs, des modes de vie et par une hostilité au « système ». Notons aussi que les catégories les plus jeunes de la population sont nettement plus sensibles à ces croyances que leurs aînés, et rien n'indique qu'elles gagneraient en sagesse d'esprit en vieillissant. Dit autrement : le complotisme n'est pas un phénomène lié à l'âge (on est pas complotiste parce que jeune), mais lié à une génération (les jeunes sont de plus en plus complotistes car le contexte social dans lequel ils grandissent est un terreau favorable à l'adhésion à des théories complotistes, ce qui était moins le cas auparavant). Enfin, d'après une étude publiée en 2017 par l'Ifop, les électorats dits « populistes » sont également surreprésentés parmi les tenants du complotisme : 16% des électeurs de J-L. Mélenchon et 22% des électeurs de M. Le Pen croient à 7 théories complotistes et plus, contre 7% pour les électorats de droite du centre et de gauche.
Enfin, le complotisme est un phénomène multi-domaine qui ne se limite pas aux opinions politiques ou scientifiques. Il est également un phénomène religieux. On observe une forte corrélation entre croyances conspirationnistes et croyances ésotériques. Les sociologues Charlotte Ward et David Voas ont créé en 2011 le néologisme de « conspiritualité » pour désigner ce phénomène à la jonction entre croyances religieuses new-age, néo-païennes et conspirationnisme. Par exemple Călin Georgescu qui parlait de Dieu et de sa foi Orthodoxe ad nauseam, avait auparavant prétendu avoir rencontré des extraterrestres, que les pyramides égyptiennes devrait servir à une fonction ésotérique mystérieuse et était persuadé que la NASA n'avait jamais mis le pied sur la Lune. Les mêmes causes engendrent les mêmes conséquences : la méfiance envers les élites ne se limite pas au corps politique mais s'étend aux élites médicales et religieuses. Les personnes adhérant à ce genre de discours ont donc tendance à rejeter les autorités religieuses traditionnelles et le discours scientifique dominant pour préférer des croyances plus ou moins ésotériques et marginales. Il en résulte un risque accru pour ces individus de tomber dans des groupes à dérives sectaires, et à préférer des médecines alternatives à la médecine occidentale.
Pourquoi est-ce un problème ?
Premièrement, car le complotisme en sapant les contre-pouvoirs que sont la presse et la justice (assimilés au « système ») contribue paradoxalement à rendre plus aisé la corruption des élites. Moins il y a de journalistes et de juges compétents, plus l'on peut voler dans la caisse sans crainte de se faire prendre. C'est d'ailleurs un élément qui encourage les illibéraux à laisser proliférer les narratifs complotistes. En nourrissant la défiance envers ces institutions garantes de la démocratie, les complotistes légitiment l'extension incontrôlée du pouvoir exécutif au nom de la lutte contre un prétendu « État profond ».
Deuxièmement, le complotisme conduit à une remise en cause des fondements du débat démocratique et à un renforcement extrême de l'individualisme. On peut envisager la démocratie comme un système politique visant à organiser les dissensions et divergences d’intérêts entre différents groupes au sein de la société. Toutefois, le fonctionnement démocratique implique d'une part l’existence d’un « socle » de faits sur lequel tout le monde s’accorde (la séparation des pouvoirs, la légitimité d’un scrutin, les votes parlementaires, la légitimité des médias indépendants, le consensus scientifique…) et, d'autre part, le partage d'un ethos citoyen qui reconnaît que la connaissance des faits complexes s'acquiert à la suite d'un processus collectif et délibératif. Autrement dit, sur certains sujets le citoyen délègue au consensus des spécialistes le soin de déterminer ce qui relève du plausible et du faux. Ainsi, il tiendra pour vrai l'avis des experts sur des sujets complexes comme l'efficacité des vaccins, ou la véracité historique du programme Apollo. Car il n'a pas seul les ressources intellectuelles nécessaires pour trancher. Le complotisme tend à saper ce socle, de telle sorte que des faits apparaissent comme contestables et comme équivalents à de simples opinions individuelles. L'individu se donne le droit de trancher seul de ce qui relève du vrai et du faux, sans tenir compte de l'avis des institutions légitimes (les scientifiques, les médias). On observe bien par exemple un lien entre croyances complotistes et rejet de la médecine moderne. En d’autres termes, la distinction entre fait et opinion disparaît, et, avec elle, la possibilité même du débat rationnel. Dans ce domaine Călin Georgescu a encore fait un sans faute : il estime que puisqu'il n'a jamais vu la Covid, ça n'existe pas et qu'il fait confiance à Dieu pour nous protéger des virus.
Enfin, et ce point découle du précédent, le complotisme contribue à une polarisation de la société. Il fait vivre dans une réalité parallèle et contribue à fragmenter les groupes sociaux sur la base des modalités de représentations du réel. Le politologue Rudy Reichstadt, spécialiste du phénomène, explique que l’opposition inhérente à nos démocraties ne se fait plus sur les idées mais sur la réalité vécue. Si les idées sont fondées souvent sur des faits, la réalité subjective est fondée sur le ressenti, sur des croyances intimes qui sont nettement moins sensibles au contact du réel. Par conséquent, nos sociétés sont en train de passer d’une société de la confiance à une société de la croyance. Dans une société de la confiance, tout le monde a accès aux mêmes informations et l’on peut faire confiance aux gens qui nous entourent (même s’ils ne partagent pas nos opinions) dans le contexte d’interactions quotidiennes nécessaires au fonctionnement social : par exemple, on sait que notre vote sera pris en compte ou qu’une transaction financière sera exécutée. Dans une société de la croyance, ceux qui contestent nos opinions font partie « du système ». On tend alors à passer d'une société polarisée politiquement (ce qui est normal pour une démocratie) à une société malade du « sectarisme politique » où l'affaiblissement des structures familiales, la disparition des médias généralistes et l'individualisme croissant provoquent une érosion des groupes sociaux traditionnels (famille, entreprises, club de sport, groupe d'amis de l'université) au profit de communautés certes idéologiquement plus homogènes, mais bien moins concrètes. Les communautés conspirationnistes sont souvent des communautés numériques. Dans un contexte pareil, la possibilité même d'un débat démocratique est impossible, la légitimité du vote en est diminuée, ce qui encourage de plus en plus de citoyens à estimer l'action violente comme acceptable. Pensez à la prise du capitole de Washington en janvier 2021 par des électeurs de Trump souvent croyants dans la théorie conspirationniste QAnon.
Comment nos opposants en profitent
Ce phénomène n'est certes pas totalement nouveau. Au début du XIXe siècle on parlait déjà des « rumeurs » souvent absurdes et catastrophiques qui circulaient dans les cafés parisiens et qui affolaient tant la police du Premier Empire. Mais le « complotisme » tel que nous le connaissons est un phénomène indissociable de la postmodernité. Attention à ne pas croire que sa diffusion massive est due uniquement à internet. Certes le web rend la diffusion des narratifs alternatifs plus rapide mais il n'explique pas à lui seul ce phénomène de masse. D'autre facteurs doivent être pris en compte : l'ère du divertissement affaiblit nos défenses cognitives, la défiance envers le politique et la crise de nos institutions lui permettent de séduire un nombre croissant d'individus, la décadence de l'éducation publique et l'affaiblissement du niveau de culture générale nous rends moins capable de distinguer un fait d'une opinion. En outre, d'un point de vue stratégique, l'existence de suffrages démocratiques réguliers encourage nos ennemis à arsenaliser ce phénomène afin de déstabiliser nos sociétés par le vote. On parle alors de désinformation : c'est-à-dire une réécriture volontaire des faits dans le but d’influencer les perceptions collectives, en jouant sur les émotions plutôt que sur la raison. Et dans ce domaine un pays en particulier à une expertise reconnue : la Russie. Très tôt Vladimir Illitch Lénine s'intéresse au sujet et en 1923 Joseph Staline crée un bureau de dezinformatzia (néologisme russe inspiré directement du français) au NKVD. Et depuis, ses héritiers ont sacrément perfectionné leurs stratégies informationnelles.
Il serait trop long de faire l'histoire de la dezinformatzia soviétique, mais résumons rapidement. Dès l'ère léniniste, mais surtout durant la guerre froide (1945-1991), le KGB (dans lequel a servi Vladimir Poutine) met en place des protocoles efficaces de désinformation (appelés mesures actives) visant à fracturer les sociétés occidentales afin de gagner la guerre avant de l'avoir menée. C'est la « stratégie du chaos » : démultiplier les opinions et les crises chez ses adversaires afin de rendre le contrôle de la situation ingérable. Les cibles sont aussi variées que les récits forgés : la communauté afro-américaine que l'on dresse comme la communauté juive étatsunienne (Opération Pandora), le Vatican que l'on accuse d'avoir collaboré avec les Nazis (Opération Seat 12), le gouvernement étasunien qui serait responsable de l'apparition du SIDA (Opération Denver)… Le tout a eu des résultats assez variés.
Ici la Russie Poutinienne est dans la pure continuité de l'URSS, mais a su perfectionner ses manœuvres informationnelles. Il faut comprendre que si les mesures actives russes sont si efficaces, c'est grâce à l'expérience accumulée de décennies de dezinformatzia domestique. Le Kremlin a créé un écosystème d'entreprises de désinformation d'abord destinées à saturer l’espace médiatique et politique local d’informations positives sur le pouvoir, afin de ne laisser aucune place à l’émergence d’une parole dissidente. Une entreprise en particulier à été étudiée grâce à un piratage d'origine inconnue de ses serveurs : la SDA pour Social Design Agency fondée en 2017, chargée à la fois de la désinformation intérieure et extérieure. On y découvre une organisation d'une centaine d'employés, dotée de méthodes bien rodées fondée sur la veille informationnelle et sur des études sociologiques, financée par divers organismes publics russes. Un financement dont on peut se demander s'il est utilisé à dessein : une bonne partie des mesures actives de la SDA à destination de l'Occident sont inefficaces. Mais l’inefficacité des opérations lancées par la SDA ne signifie pas que l’organisation est inoffensive, mais que sa dangerosité n’est pas forcément là où on l’attend. La SDA surveille de près l'actualité européenne et se tient toujours prête à réagir pour arsenaliser un sujet d'actualité quelconque au service de son méta-récit déstabilisateur. Par exemple, elle s'est montrée intéressée par la crise française des agriculteurs en 2024, ou « l'invasion migratoire européenne » des années précédentes. La stratégie qui revient en permanence pour mettre en œuvre ces « lignes d’attaque » consiste à identifier, dans chaque pays, un sujet négatif et/ou angoissant et d’en proposer une grille de lecture qui consiste souvent à faire de l’Ukraine le principal responsable de la situation. De très nombreux éléments pointent aussi en direction d'une coopération entre SDA et influenceurs pro-russes en France. C'est là où la dezinformatzia russe se montre le plus efficace. Elle est toujours à l'affût de nouvelles opportunités imprévues pour passer à l'attaque, en s'appuyant sans doute sur des réseaux de collaborateurs locaux. On y apprend par ailleurs que Moscou sait quels acteurs il doit soutenir pour mieux servir ses intérêts en France : ainsi, dans plusieurs documents destinés à ses financeurs, la SDA se vante d’avoir joué un rôle clef dans le succès de l’extrême droite dans plusieurs élections européennes et va même jusqu’à se fixer des objectifs chiffrés pour les élections européennes de 2024 : pas moins de plusieurs dizaines de candidats du Rassemblement national doivent être élus à Bruxelles. Une revendication fantaisiste (il est évident que la SDA surestime très largement son rôle dans la montée du RN) mais qui en dit long sur les ambitions du Kremlin quant à la France.
Ainsi, grâce à internet, Moscou et ses alliés peuvent plus facilement identifier nos fragilités, et ainsi appuyer là où ça fait mal. Par exemple en encourageant les naratifs conspirationistes sur la Covid, en diffusant en France à la fois l'antisémitisme, l'islamophobie et les théories décoloniales antiracistes pour fracturer le corps social. Bien entendu, il semblerait que l'action du Kremlin sur le champ informationnel vise surtout à favoriser des politiciens pro-russes lors des grandes échéances électorales. On l'a vu par exemple avec Clin Georgescu en Roumanie. Mais la Russie sait également pousser en avant n’importe quel narratif, complotiste ou non, qui sert ses intérêts et divise les Européens. L'énergie nucléaire est un bon exemple : afin de pousser les nations européennes à sacrifier leurs programmes nucléaire civil, (ce qui revient souvent à acheter plus de gaz russe) Moscou a financé des lobbys écologistes. Par exemple l'ancienne ministre Belge de l'énergie Christine Van der Straeten, militante écologique anti-nucléaire est soupçonné d'avoir été financée par Moscou via les activités de son cabinet d'avocat. La Russie à soutenu entre 2011 et 2021 des associations écologiques allemandes comme la Fondation pour la protection du climat et de l’environnement de Mecklembourg Poméranie Occidentale. On peut dire, que dans ce domaine, c'est un succès, au vu de la politique énergétique allemande et belge de la dernière décennie. Cet exemple est particulièrement pertinent car il démontre encore la nature postsoviétique du régime Poutinien. Loin de se limiter à promouvoir des narratifs conservateurs, il peut quand cela l'arrange se servir de symboles, d'éléments de langage et d'idéaux marqués à gauche, comme l'antiracisme, l'écologie ou le décolonialisme. Le but n'est pas forcément de porter au pouvoir des politiciens illibéraux. Il est de fracturer les sociétés de l'intérieur en poussant des narratifs clivants.
Le complotisme n'est pas pas seulement une affaire de vaccins ou d'homme sur la Lune : il permet à Moscou et à ses alliés de vaincre sans combattre. Il s'agit maintenant de savoir comment réagir.
La faille des réseaux sociaux
Il s'agit d'agir vite, car le temps joue contre nous. L'élection présidentielle de Roumanie, ou la réélection de Trump, prouvent à quels points ces narratifs conspirationnistes sont de puissants accélérateurs des dynamiques illibérales. Les avancées technologiques permises par l'IA élargissent les possibilités de désinformation. La Russie d'ailleurs n'a pas attendu pour se jeter dessus. En 2024 le public découvre l'opération CopyCop, orchestré par les services du Kremlin : l'opération consiste à se servir de LLMs pour plagier et détourner le contenu d'organes de presse respectables, et à créer de faux sites indépendants afin d'influencer les électeurs occidentaux. Pire : la Russie ne se contente pas d'utiliser l'IA pour manipuler les esprits européens, mais manipule l'IA elle-même. C'est ce qu'à découvert l'agence française Viginum avec le réseau russe Pravda, chargé d'empoisonner les LLMs occidentaux. D'après certaines entreprises de cybersécurité spécialisées dans ce domaine, la stratégie russe semble être prometteuse dans ce domaine. Quand on sait l'importance que prend l'IA dans la vie quotidienne des jeunes générations, on peine à imaginer les dégâts possibles de pareilles manœuvres.
Le principal problème posé par la désinformation est qu'une partie de la réponse se trouve de l'autre côté de l'Atlantique. Ces narratifs se diffusent essentiellement par les réseaux sociaux, qui ont pourtant un devoir de vigilance. Mais les GAFAM s'en moquent : au contraire, les discours les plus clivants sont ceux qui rapportent le plus. Résultat : les grands réseaux sociaux étatsuniens sont des far-west. On passe un cap avec l'élection de Trump qui pousse la Tech étatsunienne à cesser de faire le moindre effort dans ce domaine. On l'a vu avec Facebook qui en 2024 a fermé son logiciel d'étude de la désinformation CrowdTangle. L'Europe se montre beaucoup trop tolérante envers les géants étatsuniens du numérique et doit cesser de tergiverser. Ou nous décidons de frapper fort au porte-monnaie, voire à fermer les réseaux les plus récalcitrants. Car la force brute est le seul langage que comprennent ces entreprises : par exemple X (anciennement Twitter) doit régulièrement suivre les diktats d'Erdogan en Turquie sous peine d'être débranché du pays. Ou bien nous développons des alternatives européennes qui respectent notre loi comme l'ont fait les Russes et les Chinois. La seconde option est de loin la plus enviable. Des outils qui structurent autant les croyances et opinions des citoyens sont des armes d'influence considérable.
Mais opter pour de pareils remèdes demande du courage, et donc d'accepter la conflictualité, y compris avec son grand « allié » étatsunien.
Sources :
McKenzie Sadeghi et Isis Blachez, Un réseau ‘d’actualité’ mondial richement doté, basé à Moscou, a contaminé les outils occidentaux d’intelligence artificielle à travers le monde avec sa propagande russe, NewsGuard, 6 mars 2025.
Kevin Limonier, La guerre numérique de Vladimir Poutine : enquête sur les hackers de la Social Design Agency, Le Grand Continent, 17 juin 2025.
Drieu Godefridi, Des écologistes ont-ils été financés par le gouvernement russe ?, Contrepoints, 4 mars 2022
Samuel Henry, Planisphère. Comment casser l’essor de la désinformation ?, Diploweb, 5 juin 2025
Olivier Klein, Kenzo Nara et Camilla Arnal, L’érosion de la démocratie par le complotisme, GeoStrategia, 15 juin 2021
Face au conspirationnisme : Enjeux et défis avec Rudy Reichstadt, Forum Français pour la Sécurité Urbaine, 21 mars 2025
Olivier Klein, Kenzo Nara et Camilla Arnal, L’érosion de la démocratie par le complotisme, GeoStrategia, 15 juin 2021
Jérôme Fourquet et Jean-Philippe Dubrulle, Enquête sur le complotisme, IFOP, 8 janvier 2018
Christine Dugoin-Clément, Pierre Verluise, Géopolitique de l’ingérence russe : la stratégie du chaos, Diploweb, 27 avril 2025
François-Bernard Huyghe, Le virus du faux : méfiance et crédulité des foules ?, IRIS, février 2021
Călin Georgescu și teoriile conspirației: susține că oamenii nu au ajuns pe Lună. „E o manipulare”, Digi24, 25 novembre 2024.
Delirul lui Călin Georgescu: ,,M-am întâlnit cu altă specie, în niciun caz cu o specie umană”, Canal 33 youtube, 25 nov. 2024









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