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Vaincre ou Mourir : calme plat sur la Véndée

  • 14 oct. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 oct. 2024



Je suis allé voir le film, et j’ai vu la Vendée y être massacrée une seconde fois. Pour ne pas apprécier cette œuvre, pas besoin d’être républicain maçonnique. Il suffit juste d’aimer le cinéma.


Note : mon propos n’aborde volontairement pas le rapport du film à la réalité historique. Je me limite strictement à parler de sa qualité cinématographique. Pour aborder la question historique je vous recommande le billet de l’historien des guerres de Vendée Jean Clément Martin sur Médiapart.


L’histoire dispersée façon guillotine.


Est-ce un film historique ? Un film sur la révolution ? Sur la Vendée militaire de 1793, sur Charette ? Tout cela à la fois.


L'Histoire est abordée mais toujours survolée. Entre les noyades de Nantes de Fourier, la mort de Louis XVII, la Vendée Militaire de 1792-1793, les massacres de 1794, la vie militaire de Charrette : tout y passe, mais rien ne dure plus d’une minute à l’écran. Du coup le film fait ce qu’un film ne doit jamais faire : lire un texte (ici celle de Charrette) à voix haute, qui explique ce que l’on voit. Car ce n’est pas cher, et ça prend peu de temps. Or un film doit montrer, et non pas dire, et surtout il doit suggérer par l’image. D’un point de vue historique, l’omission des autres grands géants vendéens : Cathelineau, Henri de La Rochejaquelein, Charles de Bonchamps fait que l'épopée épique de la Vendée est absente du film. L'histoire révolutionnaire aussi, on a bien une scène au début du film qui explique par l’image ce pourquoi les vendéens haïssent la République mais c’est tout.


  • Imaginez un peu : les noyades de Nantes ? Une scène dans une salle de l'hôtel de Ville, et une autre avec trois pauvres gars noyés depuis un pont. Où sont les barges remplies de centaine d'innocents que l'on coule dans la Loire ?

  • La guerre de Vendée ? On ne voit pas la réunion des chefs de guerre vendéens (alors que c’est la partie la plus épique de la vie de Charrette), on ne voit rien de la virée de Galerne de décembre 1973, on ne voit rien du débarquement de Quiberon de 1795. Bref : on ne voit rien. Que Charette et sa bande d'une trentaine de figurants. C'est pauvre.

  • Louis XVII ? On ne sait pas qui il est, son nom apparaît au milieu du film, et disparaît aussitôt dans une intrigue qui ne sert à rien. Et historiquement... .... Douteuse. C'est le moins que l'on puisse dire.


Le long métrage à force de tout vouloir dire finit même par survoler la vie de Charette car trop peu de temps y est consacré. On ne sait pas qui est sa femme, on voit ses cousines se faire exécuter dans une scène bâclée et sans émotion. Bref : tout est dispersé, éparse, donc tout est mal fait. Au moins le film à la décence de nous éviter la romance entre Charrette et une de ses amazones. Finalement ce qu’il fait de mieux c’est ce qu’il ne fait pas.



Tout cela s’explique (et non s’excuse) par l’histoire du projet en lui-même. A l’origine docufiction De petite ambition, il change de nature durant le tournage pour devenir un long métrage. Tout le film est donc marqué par ce projet initial, aux ambitions et aux codes très différent de ce qu’il est devenu. Par exemple Vaincre ou Mourir a été réalisé en seulement 18 jours, ce qui est bien pour un docu fiction, mais est largement insuffisant pour un long métrage. D’autant plus que certains choix de réalisation acceptables dans un docufiction (voix off omniprésente) se retrouvent donc dans le film, où au contraire, ils ne le sont plus.


Est-ce un film de guerre ? Oh que non.


Les scènes de bataille sont pauvres. On parle de cavalerie, on ne voit qu'un pauvre cheval blanc à l'écran. Aucune charge sabre au clair. De même on parle d'artillerie, mais un pauvre canon tire deux fois dans tout le film. On nous vend des batailles de dizaines de milliers d'hommes. On ne voit que des figurants de la taille d'une demi-promotion de l'ICES. Tout cela est pardonnable me diriez-vous. Non : car c'est Puy du Fou Films. Le Puy du Fou ce sont des dizaines de chevaux, des centaines de costumes, des milliers de figurants bénévoles, des décors somptueux, des canons en nombres, des techniciens talentueux pour leurs spectacles, des drones. Rien de tout cela n'apparaît. (Sauf les plans drones, réguliers, et sympa). Bref : c'est pauvre.


Une nouvelle fois, cela serait acceptable pour un docufiction, mais Vaincre ou Mourir est un long métrage. Et par-dessus tout : que c'est mal tourné. Les batailles sont floues, illisibles, on ne sait ni où on est, ni ce qui se passe. Et surtout c'est rarement épique (la musique sans personnalité n’aide pas, un comble pour le Puy du Fou !), et toujours trop court. Bref : techniquement passable, sans plus.



Est-ce un film historique ?


Oui car il se concentre sur l'histoire et la politique révolutionnaire. Mais c'est un mauvais film historique car il le fait mal. Très mal. Les scènes politiques sont nombreuses, cela est dû à l’histoire du projet. Elles sont donc toujours pauvres : une salle dans un hôtel de ville, trois quatre personnages. Et surtout mais diable que c'est mal écrit ! Non pas qu'il soit manichéen (il l'est, mais c'est ce que l'on lui demande, c’est un film à la gloire de la Vendée militaire) mais que ces dialogues sont lourds, sans esprit, clichés, et modernes. On passe son temps à s'engeler, les dialogues sont des suites d’invectives, on enchaîne les punchlines, on valorise le trait de caractère cynique et sombre du héros américain. On est si loin de la plume romantique et tragique d’Hugo (lire nonante-trois de Hugo) ou des fins dialogues du Souper (réalisé par Édouard Molinaro en 1992, avec un budget au moins cinq fois inférieur, mais tellement plus intéressant et historique).


Cependant le film raconte bien l'histoire (très romancée mais encore une fois ce n’est pas un défaut) de l'armée de Charette. C'est la seule chose qu'il fait bien d'ailleurs. Mais les acteurs jouent mal, Hugo Becker n'y croit pas, et joue un personnage trop sombre, trop rationnel, trop colérique, trop moderne (on dirait un guérillero irlandais de l'IRA des années 1990), pas assez jovial, romantique, séducteur, charismatique. Les autres acteurs s'en sortent encore moins bien. Personne n'y croit, tout le monde joue un cliché, surtout les paysans rebelles tout droit sortis de Kaamelott.


Tout le panache du film est passé dans le chapeau de Charrette.


Enfin le problème central du film : Le manque abyssal de Panache. Le film ne décolle jamais, il n'affiche aucun souffle. On savait Philippe de Villiers opposé aux éoliennes, mais de là à interdire au vent de souffler sur son film, c'est un peu radical. Le manque d'identité du film (moitié documentaire, moitié film biographique, moitié film de guerre, moitié film historique) n'aide pas. Le jeu des acteurs passé à la guillotine non plus. Mais deux choses viennent achever cette tentative ultime de rétablissement cinématographique de la monarchie : D'une part, l'absence de plan grandiose. Le cadre trop étroit de la caméra, les images limitées aux bocages vendéens très peu dépaysantes. Bref : on dirait du début à la fin, un film amateur. Ou un documentaire animalier. Au choix. Regardez l'Empereur de Paris (Jean-François Richet 2018) film qui se passe à Paris sur la même période (Ier Empire) et vous comprenez pourquoi les décors dans un film historique ça compte (l'Empereur de Paris dispose d'un budget cinq fois plus important, ça aide). L’absence totale d’effet spéciaux est un mauvais choix. Encore qu’avec les décors du Puy du Fou (le film y a été tourné, mais on a du mal à le croire) ils auraient pu oser quelques plans épiques. Il manque une cathédrale où prier, des remparts à escalader, une ville à piller.


Deuxièmement, et surtout : les personnages à part Charette sont des clichés qui se limitent à leurs stéréotypes, et ne développent que des relations avec le personnage principal, et aucune relation interpersonnelle. Ils sont donc terriblement vides : le paysan bourrin, mais attachant, l’autre tête brûlée et fidèle, la damoiselle de droite féminine, mais amazone, le jeune aristo qui veut se battre, la sœur au cœur maternelle envers son petit frère. On ne s'attache à aucun d'entre eux, au point de ne jamais retenir leurs prénoms. A l'inverse, l'excellent Tirailleurs d'Omar Sy (allez le voir c'est excellent) se concentre sur seulement trois personnages (Le père, le fils, et l'officier français) et se donne le temps de développer les relations entre ces trois hommes, (l’officier méfiant envers le père, mais impressionné par le courage du fils, le fils qui aime son père mais voit dans cet officier un ami et l’espoir d’une promotion sociale par la guerre…) ce qui rend l'histoire humaine, et donc attachante.


Une guerre de religion... sans religion


Mon grand regret : qu'ils n'aient pas eu l'audace de décrire le lien entre Charette et Dieu. Ce qui aurait donné une profondeur au personnage de Charrette qui en a grand besoin, tant le film se contente de le décrire comme un bourrin qui n’a que le mot honneur à la bouche. Certes, ce thème est un cliché (aussi) du film de guerre mais ici c'était le lieu, vu que la guerre de Vendée est une guerre religieuse. On ne voit qu'une fois Charette prier, et c'est trop bref. On aurait aimé une longue messe, un dialogue entre Charette et Dieu. Et pourquoi pas développer plus le personnage de l’aumônier qui lutte contre une République athée mais voit des hommes tuer au nom de Dieu. Le film tente de s'y essayer, mais c'est trop court. Pourtant ce n'est pas compliqué de filmer une scène dans une cathédrale immense, où Charrette prie seul dans la pénombre pour illustrer sa solitude au cœur de l’enfer vendéen, et son manque de foi en ces heures de ténèbres. Le film l’Empereur de Paris se finit précisément dans une cathédrale, dans une scène de duel dantesque. Notons qu’historiquement, Charrette qui est un marin n’est pas connu pour sa pitié, au contraire, il a eu quelques maîtresses (du moins c'est fort probable). Mais justement, c’était là l’occasion de prendre une légère liberté avec la réalité historique (le film ne s’en prive pas ailleurs) pour creuser les personnages. Mention spéciale à la scène d'exécution de Charrette qui est la seule qui m'ait marqué par son émotion.




Enchaîné dans sa propre histoire de docufiction transformé à l’arrache en long métrage, Vaincre ou Mourir n’a pas su faire quelque chose d’autre de son héros qu’un personnage trop moderne : bourrin, sérieux, sombre, attaché à l’excès à son honneur. Il se veut hommage au personnage historique de Charrette, il ne fait qu’attacher à son nom une nouvelle défaite. Bref : ça aurait pu être tellement mieux.



Film de 2023 Vincent Mottez et Paul Mignot.


Jean Desbois

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