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Le lefevrisme, une éternelle contre-révolution, partie II

  • 9 oct. 2024
  • 23 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 janv.





III. Vers une Eglise parellèle ?



Une fois que tout cela est posé, nous pouvons discerner la réponse à notre question : l'union est-elle encore possible avec cette communauté rebelle ? Répondre à cela demande un dernier élément fondamental pour risquer une opinion : quelle est l'attitude de la galaxie FSSPX avec l'Église catholique, et quels sont ses objectifs ?  Dans l'ensemble on peut répondre que l'objectif d'Ecône est que rien ne changen, et que le statu quo se perpétue dans ses relations avec Rome. Notons que cette partie est en grande partie issu d'un mémoire publié par l’abbé Angelo Citati en 2020. 



Organisation et géographie 


Commençons par estimer l'importance de la galaxie lefebvriste. Son cœur, la FSSPX est divisée en 14 districts géographiques, dont les plus gros sont de loin ceux de France et des EUA. Elle dirige six séminaires, dont trois en Europe, un en Australie, un aux EUA, et un en Argentine. Son siège est dans le canton de Zoug en Suisse. 


Depuis 1975, le nombre de prêtres de la FSSPX croît théoriquement chaque année; En 2019, la Fraternité Saint-Pie X dessert 772 centres de messe répartis dans 72 pays, de l'Allemagne au Zimbabwe, mais surtout présents en France, en Italie du Nord, aux EUA, et de plus en plus en Pologne, pays dans lequel elle connaît une forte croissance depuis les restrictions romaines envers la liturgie tridentine sous François en 2021. C'est dans ces trois pays que la messe tridentine est la plus populaire encore aujourd'hui. (voir tableau) 


Selon le latin mass directory. Chiffre de 2023. Les chapelles de la FSSPX ne sont pas comptabilisées. 



En 2021 elle comprend près de 676 prêtres, 190 séminaristes, 135 frères, et 82 sœurs. En plus de cela, une trentaine de communautés religieuses lui sont liées. En tout on peut estimer à 1500 le nombre de religieux qui lui sont directement ou indirectement affiliés. Chaque année environ une soixantaine de jeunes hommes entrent dans ses séminaires, tous d'âge très jeune, environ 21 ans en moyenne pour celui de France. Une statistique en constante augmentation, l'année 2022 étant particulièrement bonne avec 79 entrées (!). Il faut relativiser ces chiffres pour une raison : la fraternité subit depuis les origines une succession de départ, 29% des prêtres ordonnés dans ses séminaires l'ont quitté. Soit vers l'Église romaine, ou vers des groupuscules sédévacantistes, soit vers des communautés amis ou simplement en quittant le sacerdoce. Ainsi, elle ne vit pas complètement dans un monde en vase clos, mais bien dans la sphère catholique, et ses membres peuvent évoluer dans leurs analyses de la situation de l'Eglise. A titre de comparaison l'opus Dei compte plus de 2000 prêtres, et les Jésuites sont 15 000. La FSSPX n'est pas une communauté catholique immense, mais de taille importante. 


Quantifier le nombre de fidèles est complexe, car une grande partie d'entre eux ne lui sont pas exclusivement fidèles. Certains avancent le chiffre très vague à un demi-million de partisans. En France on estime qu'ils étaient en 2006 environ 35 000, donc sans doute autour peut être de 45 000 aujourd'hui. Soit environ un tiers des traditionalistes de France. Au sein de cette galaxie on trouve des opinions différentes sur la relation à Rome : une partie est d'opinion sédévacantiste ou assimilée, quand une autre partie garde des liens forts avec les instituts tradis ralliés à Rome. 



Les trotskistes de la chrétienté


Peut-on dire que la FSSPX est encore unie à l'Église catholique ?


La réponse à cette question demande de répondre à la définition posée sur le mot « catholique ». Si l'on choisit la réponse la plus large, alors la galaxie lefebvriste reste encore  unie à l'Église. Mais dans une relation très tendue, militante, instable, et dont la nature est remise en question à l'arrivée de chaque nouveau pape. Cette relation étrange est similaire à celle qu'entretiennent les trotskistes français de la ligue communiste avec le PCF dans les années 50 jusqu'aux années 90. Loin de viser à la polémique, cette comparaison nous semble au contraire très éclairante. Cette fracture historique au sein du communisme français peut nous enseigner sur ce que signifie « être uni malgré la divisons » par les parallèles évidents avec notre sujet d'étude, car les deux cas présentent de fortes similarités. Une minorité puritaine, se sépare de l'institution d'origine jugée trop modérée, mais par sentiment d'illégitimité va refuser de prendre purement et simplement la sécession de ce dernier, et va plutôt chercher à purifier la corruption qui touche sa souche par l'entrisme, et le prosélytisme. 


Une institution qui refuse de se concevoir comme autonome 


Premièrement, il est évident que la FSSPX ne vise pas à créer une Église parallèle, comme ont pu le faire d'autres églises schismatiques telles que l'Église palmarienne espagnole ou la vieille Église catholique néerlandaise. La FSSPX reconnaît pleinement la légitimité du ministère de l'Église à l'universalité, et ne prétend pas la remplacer malgré sa supposée défaillance dans sa mission. Cette allégeance paradoxale est palpable par exemple dans son discours quotidien : le narratif de la FSSPX n'est pas animé par un dynamisme propre mais par un esprit de réaction hyper critique par rapport au Saint Siège. Elle parle énormément du Pape, et de l'Église la quasi totalité du temps en mal. 


D'un point de vue pratique, cela s'observe par les paradoxales intéractions qu'entretiennent les deux institutions : si les prêtres de la FSSPX refusent catégoriquement d'obéir au Saint Siège, Ecône collabore cependant avec Rome pour gérer les cas graves de prêtres abuseurs dans son sein, et obtenir leurs retour à l'État laïc, que seul Rome peut permettre. 


Deuxièmement, la galaxie lefebvriste évolue au moins en partie dans un groupe plus large : celui des « tradis », un groupe social relativement homogène qui rassemble les partisans des anciens instituts ecclesia dei, dont nous avons vu qu'une bonne partie est issue de la FSSPX. Ce groupe relativement restreint, très attaché au conservatisme réactionnaire et à la messe tridentine, fait peu de cas de la situation illégale de la FSSPX. Certaines familles peuvent très bien avoir une allégeance mouvante tantôt à un institut traditionnel, tantôt à la FSSPX. De nombreux liens existent entre lefebvristes et tradis, et parfois la ligne de démarcation qui sépare théoriquement ces deux mondes est bien floue. Le monde lefebvriste ne vit donc pas totalement dans un vase clos, mais interagit avec la branche la plus conservatrice de l'Église catholique en France et aux EUA. La fraternité entretient une relation ambigüe avec ces instituts. Parfois, surtout dans sa communication externe, elle les considère comme de simples auxiliaires dans sa lutte. Comme le dit le supérieur du district de France, L'abbé de Jorna au journal national catholique Présent : Elle est un navire-amiral, avec de petits navires parallèles qui, de temps en temps, voudraient la déborder sur sa droite ou sur sa gauche. Je parle de communautés amies.  En interne, elle les considère comme d'infâmes traîtres, des « ralliés » qui ont vendu la tradition authentique pour un plat de lentille  et il ne faut en aucun cas assister à leurs messes car une telle assistance développe des contacts périlleux pour la foi.



La contre-révolution permanente


Il n'est alors pas étonnant d'observer que le comportement de la FSSPX vis à vis de l'Église reste le même que celui depuis sa fondation : un refus de prendre définitivement le large, doublé d'un intense prosélytisme envers les catholiques romains, un encouragement à la défiance envers les évêques, une politique de dénonciation des catholiques jugés libéraux, et des tradis ralliés à Rome. La galaxie lefebvriste joue une sorte de partition trotskiste envers l'Église. Durant les années suivant la seconde guerre mondiale, les organisations trotskistes cherchent à la fois à rallier à leur cause le plus de militants communistes en accusant le PCF de dérive anti révolutionnaire, tout en s'infiltrant dans les institutions communistes pour les radicaliser de l'intérieur. Leur rôle ne consistait pas comme le PCF à préparer l'avènement du socialisme et à améliorer la condition du prolétariat, mais à radicaliser les partis politiques de gauche pour les pousser à la révolution armée. De même, la FSSPX ne cherche pas tant à évangéliser les païens, car elle encourage au contraire ses fidèles à fuir le monde. Son objectif est de tout faire pour creuser les divisions entre le monde contemporain et l'Église catholique, et bien entendu de pousser le plus de catholiques à la rejoindre. Son apostolat est donc un apostolat très chargé politiquement, surtout ciblé sur des personnes déjà croyantes, voire très croyantes, visant à leur faire prendre conscience de « l'erreur moderniste » de nos évêques et de nos prêtres. Cela rend le dialogue avec Ecône très compliqué. Comment avoir une discussion sereine, quand l'interlocuteur mène un prosélytisme virulent pour éloigner les brebis de l'Église ? Cela s'observe notamment dans les activités des ses groupes militants comme le MJCF, ou dans ses prises de positions publiques opportunes pour rallier des catholiques déçus par Rome, comme lors de la crise du coronavirus où la FSSPX accueille avec joie des fidèles choqués de ne plus pouvoir communier sur la langue. 



Un statut canonique non schismatique 


D'un point de vue strictement juridique, et en suivant la lettre du droit, la FSSPX n'est clairement pas schismatique. Du moins, cela est de moins en moins vrai : jamais depuis 1988 son statut n'a été aussi proche de la normalisation, surtout depuis le Pape François et ses largesses envers la FSSPX. En outre, depuis que Benoît XVI a levé les excommunications, il est clair que juridiquement ses prêtres et ses évêques ont une hypothétique place dans l'Église. Encore faut-il définir ce que l'on entend par là. Toutefois, si on suit l'esprit du droit canonique, la situation est plus complexe. Car toutes ses faveurs juridiques pontificales ont été accordées pour une seule et bonne raison : 


La réalisation rapide de la pleine communion avec l’Église de toute la Fraternité Saint-Pie X, témoignant ainsi une vraie fidélité et une vraie reconnaissance du Magistère et de l’autorité du Pape avec la preuve de l’unité visible.


Décret pour sur la levée de l'excommunication des évêques de la FSSPX, Cardinal Giovanni Battista Re de la Congrégation pour les Évêques, le 21 janvier 2009.


Autrement dit, ces actes juridiques au bénéfice de la fraternité ne sont pas gratuits, et n'ont été que des concessions en échange d'un ralliement à Rome qui n'a jamais eu lieu. Rappelons également que sa position juridique est certes « moins illégale » qu'autrefois mais reste illégale aux yeux du droit canon car la FSSPX n'a tout simplement pas de statut canonique. 




Le « patriarcat orthodoxe d'Ecône » 


Si canoniquement qualifier la FSSPX de schismatique est complexe, peut on dire que sa relation à Rome et sa vision de l'Église est d'ordre schismatique ? 



Un schisme sociologique 


Il n'en reste pas moins, qu'elle n'obéit pas à Rome, et a tendance à souvent maudire les évêques. D'un point de vue doctrinal ses positions politico religieuses fixistes participent à creuser l'écart entre elle et l'Église catholique qui continue à évoluer. Par exemple, elle ne reconnaît pas la sainteté de Jean Paul II, crie à l'hérésie dès que le Pape rencontre un autre dignitaire religieux, même orthodoxe, conspue tous les documents papaux depuis un demi-siècle. Mais c'est surtout d'un point de vue sociologique et géographique que le schisme est évident : les fidèles vivent dans une bulle de chrétienté, une réserve indienne de la tradition, en dehors même des cercles tradis ralliés à Rome. Ils sont socialisés dans leurs écoles hors contrat tenus par des prêtres de la fraternité dans leurs mouvements scouts, dans leurs mouvements de jeunesse, vivent dans une contre société religieuse, où l'intégralité de leurs proches sont de leur foi, et ne partagent finalement quasiment rien avec un jeune catholique même tradi. Car les prêtres lefebvristes découragent les parents d'inscrire leurs enfants dans des institutions ralliées. La rupture de la communion avec l'Église est ici évidente. 



Une Église alternative 


La nature même de la galaxie lefebvriste constitue une sorte de « tentation schismatique », car elle vise à développer une offre spirituelle autonome plus catholique que l'Église catholique. La FSSPX a développé toutes les apparence d'une Église parallèle complète avec ses mini-ordres religieux, son ordre de chevalerie, ses médias, ses évêques, ses tribunaux ecclésiastiques, ses organisations professionnelles basé sur la confession religieuse, et même son sanctuaire mariale au Kansas. Cette diversité d'institutions religieuses lui permet de proposer à ses fidèles une offre spirituelle complète totalement indépendante de Rome. Plus que d'une Église parallèle ou schismatique, il semble plus juste de parler d'une « petite Église alternative » pour définir ce qu'est la FSSPX par rapport à l'Église catholique romaine. Car il s'agit de proposer dans un contexte de concurrence avec l'Église catholique une offre alternative réactionnaire. Ses partisans peuvent donc vivre une expérience de chrétienté « authentique » sans jamais avoir à approcher d'une Église fidèle à Rome. Mais avec une ligne rouge à ne pas franchir pour ne pas totalement concurrencer l'Église : la FSSPX n'a pas de Pape bis. Mgr Lefebvre après l'affaire avec le père Guérard des Lauriers a même imposé à imposer aux futurs prêtres de la FSSPX une déclaration de fidélité à la FSSPX qui impose à tout prêtre de la fraternité de reconnaître le pape. Bien que cette position n'ait jamais été pleinement respectée, il est tacitement permis d'être sédévacantiste à la FSSPX à condition que ce refus reste une opinion strictement privée. Mais à en croire certains prêches prononcés à Saint Nicolas du Chardonnet, cette règle n'est plus observée par tous. Aussi, si l'on prend la définition traditionnelle du schisme, selon Saint Cyprien de Carthage, qui est de  dresser autel contre autel alors la FSSPX est bien schismatique. 



Une fraternité de plus en plus auto référencée


La situation de la FSSPX vis à vis de l'Église est donc un entre deux constant, une ambiguïté permanente. Et cette ambiguïté n'évoluera pas car elle permet de pouvoir à la fois mener sa croisade réactionnaire auprès des catholiques en prétendant partager la même religion, tout en maintenant la rigidité immuable de sa doctrine et de ses institutions qui assure à son troupeau de se maintenir séparé de ce monde luciférien et de cette Église décadente. Mais cette situation, loin de figer la galaxie lefebvriste dans le temps au contraire, lui impose  une dynamique autoréférentielle. Nous voulons dire par là que la FSSPX se conçoit de plus en plus ouvertement comme la détentrice exclusive de l’entière Vérité catholique, et à l'inverse commence à traiter de facto et non de jure le reste de l'Église de plus en plus comme des apostats, voire des non catholiques. Cela peut se voir au travers de  trois principes : 


Premièrement dans son durcissement vis-à-vis des instituts traditionnels à qui elle ne reconnaît plus la moindre valeur doctrinale. Il y a là une réelle évolution, car les relations entre Ecône et les tradis avaient au contraire connu une embellie durant la première décennie du siècle, et Ecône avait un temps adopté une politique de soutien aux critiques conservatrices du Pape François. Progressivement, sous l'influence du mouvement de la Résistance, la direction ordonne à ses fidèles de ne jamais se rendre à leurs messes. Car ils peuvent bien avoir la messe, les “traditions spirituelles et liturgiques”, mais pas la doctrine qui va avec.  En 2021, un des abbés de l'Institut universitaire St Pie X sur la Porte Latine (le site officiel de la FSSPX) traite les instituts Ecclesia Dei de colporteur d'un pathétique [...]verbiage victimaire et larmoyant. Prononcer de tels mots dix ans auparavant auraient été impensable pour la direction générale. 


Deuxièmement on commence à voir apparaître des textes doctrinaux qui retirent toute validité au pouvoir magistériel romain (c'est-à-dire le pouvoir légitime du Pape et de la curie romaine à diriger l'Église) à cause du Concile. Ce qui est une nouveauté, même Mgr Lefebvre avait circonscrit l'erreur romaine au Concile Vatican II et à son esprit, mais reconnaissait au moins de jure les actes émanant de l'autorité romaine. Ainsi dans un article du bulletin paroissial de St Nicolas du Chardonnet l'Abbé Chautard écrit en 2014 :  Malheureusement, la question ne se limite pas à la valeur magistérielle des enseignements conciliaires mais déborde sur celle de la validité et de la légitimité du pouvoir de sanctification [...]  La conclusion s’impose : tant au plan de l’objet que du sujet, les actes habituels du pouvoir de gouvernement conciliaire sont douteux. Ainsi, tous les actes émanant de Rome, tout ce qui sort de la hiérarchie officielle de l’Église catholique ne sera censé être ni valide ni légitime. Mais si le pouvoir constitutif de la hiérarchie catholique n'existe plus à partir de Vatican II, que reste-t-il alors de l’Église visible ? À moins d’affirmer que tout ce qui reste de l’Église visible existe uniquement dans la Fraternité Saint-Pie X. En fait, si on adopte cette perspective, concrètement toute la différence avec la thèse sédévacantiste se réduit au fait que l’on mentionne les noms du pape et de l’évêque du lieu dans les prières liturgiques


Troisièmement elle traite canoniquement et sociologiquement les prêtres et les fidèles qui l'ont abandonnée pour l'Église romaine comme des apostats. Ce qui démontre qu'elle considère de facto les autres instituts tradis et l'Église romaine presque comme des fausses Églises. Tout cela revient à dire : en dehors de la Fraternité, il n’y a pas de salut. Bien sûr, aucun membre de la Fraternité ne tire explicitement cette conclusion, bien au contraire, tous la rejettent vigoureusement ; mais, si l’on est cohérent, elle découle logiquement de ces principes.



Quand on compare ces nouveaux principes avec la modération du second de Mgr Fellay, l'abbé N. Pfluger en décembre 2014 on constate le changement radical de mentalité qui a eu lieu à Ecône : 


(texte raccourci par mes soins) Peut-être certains vont-ils penser que le mouvement traditionaliste est l’Église : en dehors de chez nous, la vraie foi et les fruits spirituels n’existeraient pas. Ce serait là une tentation en rien conforme à la nature de l’Église. Le mouvement de la Tradition est un membre de l’Église et a-t-il besoin de l’Église universelle et d’autres éléments de l’Église, ou se déclare-t-il tout simplement “l’Église”, voilà la question ?  S’il n’est qu’une partie de l’Église,  il ne détient pas tout le trésor de l’Église et de sa Tradition. Il serait trop simpliste de taxer de stérile, hérétique ou “conciliaire” tout ce qui n’est pas conforme à nos vues. Nous faisons partie d’un mouvement de rénovation puisant à la Tradition, d’où sa vigueur. Nous en sommes un élément important pour le sauvetage de la liturgie romaine, élément même indispensable. Nous en sommes fiers. Cela ne signifie pas que tous les autres valent moins ou ne produisent pas de fruits spirituels La division n’est jamais œuvre du Christ.


 Abbé N. PFLUGER, dans Der gerade Weg, décembre 2014, traduction de l'abbé Citati




La FSSPX veut-elle vraiment se réunir à Rome ? 


La prolongation de la division avec Rome (Par exemple l'actuel supérieur général Davide Pagliarani est rentré au séminaire en 1989, un an après les sacres.) et cette tendance à se satisfaire de son statut à la marge, en adoptant une rhétorique de « C'est la Fraternité ou l'Église moderniste »  finissent par aboutir à rendre strictement impossible toute union à Rome. Et in fine, on observe que les jeunes générations n'ont que faire de l'unité concrète avec Rome. Bien au contraire, elles sont animées d'un réel esprit militant pour « conquérir les âmes catholiques égarées » tombées dans l'hérésie moderniste. Il ne s'agit plus de dialoguer avec Rome mais de la prendre d'assaut par le prosélytisme. Il s'agit là de la preuve la plus évidente de l'actualité du schisme lefebvriste. 

En outre, la longue histoire des négociations d'Ecône avec Rome prouve une chose : les trois derniers papes ont chacun à leurs manières compris le caractère particulier du lefebvrisme et ont su ménager des ouvertures pour permettre de trouver un accord, jusqu'à présent sans succès. Et la dernière proposition, celle de François en 2016 est de loin la plus généreuse, allant jusqu'à permettre une non-reconnaissance complète de Vatican II aux rebelles, chose que Benoît XVI avait catégoriquement refusé à la Fraternité. Les deux demandes de Marcel Lefebvre pour réintégrer Rome, à savoir cette non-reconnaissance du concile et la liberté intégrale de la messe tridentine, ont été remplies en 2016. Pourtant Ecône refuse l'accord. On pourrait en conclure, que finalement la FSSPX n'attend in fine plus rien de Rome, c'est-à-dire que quoi que Rome lui propose la réponse reste négative. Les demandes de négociations finissent par n'être plus qu'une façade. Quelque soit l'accord proposé par le Vatican, Ecône n'a aucun intérêt à accepter, car accepter une proposition même aussi avantageuse que celle de 2016 d'une part, reviendrait à faire exploser la FSSPX tant ses troupes sont partagés entre radiaux et « accordistes », d'autre part, reviendrait à perdre en liberté d'action et de critique par rapport à Rome. La seule chose finalement qui pourrait faire revenir Ecône à Rome… C'est que Rome vienne faire pénitence à Ecône et, non seulement renie le concile, mais accepte de revenir un siècle entier en arrière, pour redevenir l'Eglise tel que St Pie X l'aurait voulu. A savoir une institution en croisade contre le monde entier, en multipliant condamnations et excommunications. Sous Mgr Lefebvre et Fellay la FSSPX attendait que Rome l'accepte telle quelle. Désormais elle attend que l'Eglise change selon ses désirs. Et comme cela n'arrivera, soyons réaliste, jamais, Ecône se met dans une position de statu quo, de pseudo attente. Si elle apparaît attendre un geste de Rome pour dialoguer en réalité, elle cherche à rameuter le plus de fidèle possible dans ses chapelles. Et l'ambiguïté de son statut canonique à mi-chemin entre le schisme et l'unité devient donc un avantage, car elle peut se targuer auprès des catholiques d'être de l'Eglise catholique, mais en ayant à ne rendre quasiment aucun compte à Rome. 


Finalement on peut dire que la FSSPX dès ses origines est tiraillée entre deux objectifs incompatibles. Le premier de ces objectifs est d'être un gardien fidèle voir fanatique de la société religieuse contre-révolutionnaire, le second est d'être membre de l'Eglise catholique afin d'être le témoin auprès de Rome de cette doctrine politique. Ces deux objectifs sont incompatibles car l'Eglise est une société complète dont d'une part les membres d'une part s'influencent entre eux, et d'autre part, elle accompagne le développement du monde et n'est pas imperméable à ses influences bonnes et parfois mauvaises. Devenir membre de l'Eglise implique donc d'accepter de se laisser un minimum influencer par les différents membres du « corps mystique du Christ ». Ce qui est pour la FSSPX est inacceptable. Elle préfère pour l'instant rester immuable dans sa doctrine politique et refuse quasiment toute évolution plutôt que de vivre dans l'Eglise. 



Des néo orthodoxes ?


Le dialogue est donc rompu depuis 2019 et le statu quo s'est installé. Face à ce constat, on peut estimer que les rapports qu'entretiennent Rome et Ecône affichent un grand nombre de similarités avec ceux qu'entretiennent les Orthodoxes et la Papauté. Premièrement, les orthodoxes et les lefebvristes reconnaissent tous deux une primauté théorique au pontif romain, mais qu'ils estiment invalide actuellement. On ne peut donc pas les considérer comme de simples chrétiens protestants (n'ayant que faire du magistère de st Pierre) car ils professent une ecclésiologie partiellement catholique qui les maintient de facto en position de subordination théorique (mais non pratique) à la cathèdre Romaine. Ensuite, Rome ne peut théologiquement parlant considérer les lefebvristes et les orthodoxes comme de simples protestants, avec lesquels les relations sont simples, c'est-à-dire basées sur une négation de leur légitimité sacramentelle. En effet l'Église catholique reconnaît d'une part la validité des sacrements des orthodoxes comme des lefebvristes, et d'autre part admet leur existence comme canoniquement légitime, ou au moins l'a considérée comme telle par le passé. Tout cela fait que d'un point de vue romain, les lefebvristes ont fini par être désignés comme étant en communion incomplète avec l'Église catholique. Exactement comme les orthodoxes. Ce terme est pertinent pour décrire la situation étudiée. Car l'utilisation du mot communion indique la reconnaissance de la validité de leurs institutions. Le terme « incomplet » souligne une séparation nette avec Rome. Assistons-nous donc à la création progressive d'un « patriarcat orthodoxe d'Ecône » ? C'est notre opinion. 




Jean Desbois, le 13 Thermidor de l'an CCXXXI




Si tu n’aimes qu’une partie, tu es séparé ; si tu es séparé, tu n’appartiens pas au corps ; si tu n’appartiens pas au corps, tu n’es pas sous la dépendance de la tête. Qu’importe que tu aies la foi, si tu outrages en même temps ! Tu adores le Christ en sa tête et tu l’outrages en son corps ! Mais lui aime son propre corps. Si, toi, tu t’es retranché du corps même, la tête, elle, ne s’est pas retranchée du corps. C’est en vain que tu m’honores, s’écrie à ton adresse la tête, de là-haut, c’est en vain que tu m’honores ! 

Saint Augustin, Homélies sur la première épître de saint Jean, X, 8, 







Sources : 


  • Yves Chiron, Histoire des Traditionalistes, Tallandier 2022 637 pages, Paris



Réflexion d'un rallié sur l'idéologie de la FSSPX : 



Etude sur la vie de Marcel Lefebvre : 








Non lu : 





La recherche des accords entre Rome et Ecône : 


  • Accord du 5 mai 1988 entre Marcel Lefebvre et le saint siège : 


  • bibliographie de brèves de presse sur la levée des excommunications des quatres évêques par Benoît XVI.




Le rapport entre l'Eglise, la FSSPX et les communautés ralliées (tradis) 




Nombre des messes traditionnelles dans le monde : 

On peut voir à quel point le traditionalisme est une œuvre finalement très liée à la France, et aux EUA.




Sur civitas : 


  • Geay, Kevin. « Messire Dieu, premier servi ». Étude sur les conditions de la prise de parole chez les militants traditionalistes de Civitas », Politix, vol. 106, no. 2, 2014, pp. 59-83.


Sur les sacres de 1988 (non lus) 




Statistique de la FSSPX : 



Réserve indienne de chrétienté : St Marie du Kansas : l'utopie urbaine lefebvriste de retraite du monde. 



Lien entre la vague épidémique de rougeole en France de 2008 et l'implantation scolaire de la FSSPX : 



L'échange entre Mgr Fellay est les trois evêques rebelles : 


  • Lettre de Mgr Fellay aux évêques de la Fraternité Saint-Pie X, 14 avril 2012



Sur le sédévacantisme : 


  • (le père Barthe est un ancien de la FSSPX lui même autrefois peut-être sédévacantiste) 

Entretien avec l'abbé Claude Barthe sur le sédévacantisme, Chaîne Youtube père Horovitz, février 2021. 




le statut juridique de la fraternité : 






Saint Nicolas du Chardonnet : une histoire parisienne du lefebvrisme


La prise de Saint Nicolas du Chardonnet en 1977. 




femme & famille de la FSSPX : 



Abus sexuels & FSSPX : 



Autre : 

  • Catholiques malgré Rome. Des croyants infidèles en France. XIXe-XXIe siècle Jean-Pierre Chantin Cerf, 380 p (non lu, survolé très vite) 



Chronologie : 


  • 1905 : naissance de Marcel Lefebvre. Soit trois ans après la naissance de St Josémaria, autre figure du catholicisme "conservateur" et de Vatican II, mais au destin bien différent. 

  • 1962-1965: Le Concile Vatican II décide de moderniser l’Eglise catholique. Une minorité conservatrice rejette les réformes; elle critique notamment l’ouverture œcuménique, la déclaration sur la liberté religieuse ainsi que les innovations dans la liturgie.

  • 1970: Mgr Marcel Lefebvre, participant au Concile, fonde la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) et obtient une reconnaissance de l’évêque de Lausanne,  L’évêque accuse l’Église romaine d’avoir détruit la tradition avec le Concile et la réforme liturgique. Il installe un séminaire pour la formation des prêtres à Ecône, en Valais.

  • 1975: Le diocèse de LGF retire sa légitimité ecclésiale à la Fraternité. Mgr Lefebvre qui continue d’ordonner des prêtres est suspendu a divinis par le pape Paul VI. Il entre en rébellion et refuse de se soumettre. 

  • 1984: Le pape Jean Paul II autorise, sous certaines conditions, la messe tridentine.

  • 1983-1985 : séparation d'une partie des branches étatsunienne et italienne de la FSSPX pour fonder des chapelles sédévacantistes concurrentes. 

  • juin 1988: Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, négocie un compromis avec Mgr Lefebvre qui se rétracte au dernier moment. Les motivations de ce refus sont confuses. 

  • 30 juin 1988 : , Mgr Lefebvre sacre quatre évêques malgré l’interdiction romaine. Cet acte lui vaut l’excommunication. Le pape fonde la commission Ecclesia Dei pour le dialogue avec les traditionalistes. Certains groupes, dont la fraternité sacerdotale Saint Pierre, qui refusent de suivre Mgr Lefebvre dans le schisme, sont intégrés dans l’Église catholique. 

  • 1991: Décès de Mgr Lefebvre qui est enterré à Ecône.




  • 1994: Mgr Bernard Fellay, évêque suisse, devient Supérieur général de la FSSPX. Il prend des contacts avec la commission Ecclesia Dei..

  • 2000: La FSSPX, avec à sa tête Mgr Fellay, organise un grand pèlerinage à Rome à l’occasion du jubilé,

  • Avril 2005: Mgr Fellay salue l’élection papale de Joseph Ratzinger comme une lueur d’espoir. En août, il est reçu par Benoît XVI. Selon le Vatican, le désir d’arriver à une communion parfaite se manifeste dans la conversation.

  • Juillet 2007: Par le motu proprio Summorum pontificum Benoît XVI permet que les messes traditionnelles soient célébrées partout selon le rite de 1962. 

  • Décembre 2008: Mgr Fellay demande au nom des quatre évêques le retrait de l’excommunication. Il assure la reconnaissance de la primauté pontificale et l’acceptation des enseignements du pape. 

  • 21 janvier 2009: La Congrégation des évêques lève l’excommunication des quatre évêques lefebvristes. Presque simultanément, une violente polémique éclate autour de Mgr Richard Williamson. L’affaire éclabousse le Vatican et Benoît XVI.

  • Juillet 2009: Benoît XVI invite la FSSPX à Rome pour des discussions sur les questions doctrinales. Les rencontres débutent en octobre.

  • Septembre 2011: Le Vatican présente un «Préambule doctrinal», tenu secret aux dirigeants de la Fraternité pour signature. 

  • février 2012 : Le texte est rejeté par la Fraternité, qui dit attendra la prochaine génération « qui sera moins attachée au concile ». 

  • Mars 2012: Rome rejette la réponse de la FSSPX jugée insuffisante. Fin des négociations.


  • Mars 2013: Élection du pape François.

  • Septembre 2014: Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, rencontre Mgr Fellay. Tous deux espèrent une réconciliation complète.

  • Octobre 2014: La Fraternité critique vivement le Synode des évêques sur la famille. Selon elle, les discussions de Rome ont ouvert «la porte de l’enfer».

  • Septembre 2015: Pour l’Année Sainte de la Miséricorde, le pape François permet à tous les fidèles de se confesser valablement et légitimement aux prêtres de la Fraternité. A la fin de l’Année Sainte, cette mesure est maintenue. Le Pape la reconnaît également comme légitime pour juger ses propres membres.

  • Avril 2016: Le pape François rencontre personnellement Mgr Fellay.

  • Été 2016: Un négociateur du Vatican annonce que le supérieur général a accepté la proposition de devenir une «prélature personnelle».

  • Janvier 2017: Mgr Fellay se prononce en faveur de la fin de la séparation d’avec Rome. Un accord est «en route». Selon lui, il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation à l’intérieur de l’église soit absolument satisfaisante.

  • Avril 2017: Le Vatican invite les évêques locaux à reconnaître les mariages célébrés par la communauté traditionaliste.


  • Juillet 2018: Le chapitre général de la FSSPX élit l’Italien Davide Pagliarani, 47 ans, comme nouveau supérieur général. Il radicalise les tensions pourtant sur la descente avec Rome, et mène une politique isolationniste vis-à-vis des autres instituts traditionalistes. 

  • Novembre 2018: L’abbé Pagliarani est reçu au Vatican. A l’issue de la rencontre, il constate une divergence doctrinale irréductible avec Rome. Fin des discussions.  




Lexique : 


Tradition : 

Ce mot a un double sens : doctrinal et idéologique. Doctrinalement il désigne (je crois) l'ensemble des croyances non dogmatiques auquel croit l'Eglise, mais sans affirmer qu'elles sont vérité de foi. Longtemps l'immaculé conception fut du domaine de la tradition, avant de passer dans le dogme. On peut, plus largement, y rattacher les traditions liturgiques de l'Eglise catholique, ainsi que ses pratiques diverses (protocole pontifical, titres de noblesse du Pape…). La tradition peut changer, par exemple l'Eglise jusqu'au Xème affirme qu'il est mal de torturer un homme pour le pousser à renier l'hérésie. Au Moyen Âge l'Église avec l'Inquisition change d'opinion, avant de de se rétracter à l'âge moderne. 

Au sens idéologique Lefebvriste la tradition est la doctrine anti libérale et contre-révolutionnaire développée par l'Église du XIXème en réaction à la révolution française, et plus largement la structure ecclésiale issue du Concile de Trente, développé en réaction au protestantisme. Mgr Lefebvre prétend que cela est du domaine de la foi, mais cela est canoniquement faux. 



Messe Paul VI / Messe tridentine : 

La messe Tridentine est un rite liturgique de la messe instauré au XVIème siècle et promulgué par le Pape St Pie V lors du concile de Trente, d'où l'appellation de la tridentine. Sa langue liturgique est le latin d'Église, son apparence est très solennel, silencieuse, car une bonne partie des paroles sacrées sont prononcées par le prêtre, seul à l'autel, de dos. 


Idéologie de la Contre révolution, idéologie réactionnaire : 

Idéologie développée au début du XIXème en réaction à la révolution française, dont les plus célèbres penseurs sont Joseph de Maistre, Louis de Bonald et Edmund Burke. Ses partisans s'appellent les réactionnaires. Elle affirme l'inégalité entre les hommes et l'attachement à la séparation de la société en ordre, l'inexistence de la Liberté (il n'existe que des libertés, dispersé de manière arbitraire entre les hommes), le rejet de la démocratie, et la tradition comme seul fondement légitime de l'ordre politique et judiciaire. On ne peut brusquer l'histoire par de grands changements. L'homme est pour eux un être fragile et grégaire et qui se complait dans la continuité de toute chose.  Elle cherche à conserver le système de monarchie absolue de droit divin. Le dernier reste authentique de la contre-révolution en France aujourd'hui est la FSSPX. 



Sédévacantiste : 

Théorie politico-religieuse qui considère que l'actuel Pape n'est pas Pape car il a abjuré la foi catholique par Vatican II. Les évêques et prêtres de l'Eglise catholique soumis au Pape seraient donc des hérétiques. La validité de leurs sacrement est donc partiellement ou totalement remise en cause. C'est une doctrine ultra-radicale, dont les partisans en général sont divisés dans de micro groupes religieux sectaires. 


Dogme : 

Ensemble des doctrines fondamentales de la foi catholique, proclamé par la Bible, les conciles, et les Papes lors de leurs proclamations avec infiabilité pontificale, chose qui a lieu de manière rarissisme. 


Pastorale : 

Différentes modalités pour annoncer la foi dans le monde. La pastorale est donc le moyen d'annoncer le Christ aux peuples. Elle cherche donc à adapter l'évangélisation aux contextes sociaux particuliers à chaque pays et à chaque époque. 


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